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Résilience, l’État c’est moi… l’État c’est vous !

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 456 vues 12 minutes de lecture

« Et nous sommes en direct, ici dans les rues du centre-ville. Depuis ce matin, on assiste à nouveau à des scènes de pillage et le gouvernement a déployé l’armée dans les rues. Il faut dire que le feu a désormais pratiquement ravagé la moitié de la ville, causant de véritables scènes de panique parmi la population. Des divisons entières de véhicules blindés ont investi les points les plus sensibles tandis qu’au nord, de nombreux véhicules fuient la zone. Et partout, cette fumée noire qui plonge l’ensemble de la région dans une pénombre vraiment angoissante. Nous referons un point de situation dans quelques heures après l’annonce du Premier Ministre, qui s’exprimera sur la deuxième vague des mesures urgentes décidées par le gouvernement. »

Cette fois, on ne rigole plus ! Il est temps de gérer la crise ! Ou plutôt de gérer les crises qui se présenteront à vous. Mais pas de n’importe quelle façon, car dans le jeu Résilience, le gouvernement c’est vous ! Prendre les bonnes décisions, anticiper et faire face à l’imprévu… dans ce jeu de stratégie et de gestion, conçu à la base pour des formations professionnelles (un « serious game »), vous aurez fort à faire. Si vous vous sentez de taille à affronter les défis, suivez le guide, on vous parle de ce jeu qui se présente comme un véritable OVNI ludique.

Mais Résilience, c’est avant tout un opus imaginé par Patrick Ruestchmann. Un auteur qui n’est pas un inconnu du monde ludique. On note plusieurs publications dans Vae Victis et C3i, ainsi que « The Siege of Orgun – Afghanistan 1983 » un jeu historique édité en 2015. C’est donc un plaisir de retrouver ce créatif aux commandes de Résilience, sur un thème qui s’éloigne de l’historique au profit d’évènements beaucoup plus récents que nous devrons gérer, tel un véritable dirigeant.

Un à quatre joueurs pourront s’adonner à des parties de Résilience, pour un temps de jeu entre 30 et 60 minutes. De notre côté, nous avons abordé cette expérience ludique en mode « solo » et c’est ce qui sera essentiellement mis en avant dans ce sujet. A noter toutefois qu’il n’y a aucune modification de règle entre le mode 1 joueur et le jeu en multi.

Dans Résilience, vous incarnez donc le dirigeant d’un Gouvernement. Le jeu aura pour vocation de vous mettre face à une succession d’événements qui tenteront de mettre à mal les facteurs de vulnérabilité que sont, principalement, la cohésion sociale et la stabilité de votre gouvernance. Différents scénarios vous sont proposés et Résilience se joue sur plusieurs tours de jeu durant lesquels vous aurez à gérer des indicateurs clés de votre Gouvernement. Mais aussi des événements directement en lien avec les scénarios choisis. Entre cohésion sociale, économie, défense, sécurité, relations internationales, soutien politique etc. vous aurez fort à faire pour garder le cap.

Sans plus attendre, on vous explique la règle un peu plus en détails…

L’heure est à la cohésion sociale !

Ca y est, vous y êtes ! Vous voici devenu le dirigeant de votre nation. Avant de commencer une première partie, vous sélectionnez un des scénarios proposés avec le jeu. Ce scénario vous indiquera les conditions de victoire qui devront être remplies à la fin du temps imparti ; généralement en maintenant des niveaux minimums de certains indicateurs après douze tours de jeu. En revanche, si les indicateurs « social » ou « gouvernance » s’effondrent, la partie sera perdue et le désordre s’installera dans le pays. Une défaite mineure pourra aussi intervenir si au moins deux autres indicateurs atteignent en même temps le plus bas niveau.

Au début de chaque tour de jeu, vous recevez un budget calculé selon deux indicateurs, vous payez également la maintenance de certaines cartes déjà mises en jeu et vous appliquez certains effets engagés au tour précédent. Puis, avec votre budget, vous pourrez acheter de nouvelles cartes de stratégie et les mettre en jeu. Ces cartes, qui ont aussi un coût de maintenance à chaque tour, représentent des stratégies politiques qui vous permettront de faire face aux prochains événements. Ensuite, vous révélez une première carte événement qui aura très souvent des effets négatifs et qui feront baisser certains des huit indicateurs du jeu affichés sur le plateau principal. Vous devrez alors y faire face en jouant une carte de stratégie pour faire remonter ces indicateurs, en appliquant les effets de celles déjà actives ou en effectuant une action d’influence. Cette action d’influence consiste à utiliser plus ou moins de budget pour tenter d’influencer positivement un indicateur. Plus le budget alloué sera élevé et plus les chances seront grandes. La résolution s’effectue avec un dé et les cartes de stratégie que vous avez précédemment mises en jeu pourront influencer à la hausse certaines valeurs.

Puis, un deuxième événement sera révélé et vous devrez immédiatement en appliquer les effets. Notez qu’à ce stade, vous ne pouvez pas réagir à cet évènement avant votre prochaine phase d’action. Et finalement, vous avancez le marqueur de temps sur la prochaine case et un nouveau tour peut alors débuter. Vous continuez ainsi jusqu’à ce que les conditions de victoire ou de défaite soient atteintes.

Un jeu « boîte à outils »

Dans cette petite boîte au format carré, on retrouve des composants assez classiques. Un plateau de jeu, une vingtaine de pions et cubes en bois, des marqueurs en carton, une petite centaine de cartes et la règle du jeu. Le matériel a bien été produit et convient parfaitement aux besoins. Si vous prévoyez d’y jouer régulièrement, on vous conseille de compléter les éléments de jeu par des petits marqueurs pour les seuils minimum de fin de partie. Ce n’est pas grand chose mais vous constaterez rapidement que cela s’avère très utile.

Visuellement, l’ensemble propose un jeu sobre mais très lisible, ce qui nous plait beaucoup. L’iconographie ne manque pas de clarté et les cartes utilisent des illustrations réelles; il y a même des extraits de Tweet de Donald Trump ! Ouch… Idéal pour coller à la réalité et pour le côté immersif du jeu; vous ne trouvez pas ? D’ailleurs, évoquons le thème de ce qui est, on vous le rappelle, un « serions game ». Et là, il faut bien le reconnaître, on se laisse très facilement embarquer, passant d’un événement à l’autre, à une gestion de crise constante, tout au long de la partie. Le jeu propose différents scénarios inspirés de faits réels et les événements suivent cette même logique. C’est immersif à souhait !

Par ailleurs, Résilience ne propose pas que les scénarios référencés dans le livret des règles. Bien au contraire ! L’opus se définit même comme un jeu « boîte à outil » dans le sens où il nous permet d’imaginer nos propres scénarios. A cet effet, le matériel comporte des cartes vierges, des pions neutres et il nous est fortement conseillé – même dans le livret d’instruction – d’aller plus loin avec le matériel de jeu et d’imaginer nos propres situations de gestion de crise. Bien sûr, le jeu a été conçu comme un outil pédagogique, utilisé lors de vrais séminaires de formation. Mais cela n’empêche pas que pour nous joueurs, qui en avons une approche et utilisation un peu différente, ce mode boîte à outil est tout simplement fantastique. On peut concevoir un scénario très facilement et simplement en lisant la presse quotidienne et en imaginant alors de gérer ce fait réel. Le matériel de jeu s’appliquera alors aux besoins et pourra aussi être complété par ces fameux composants vierges. Dans tous les cas et sur le plan ludique, on atteint un niveau d’immersion et de réalisme plutôt élevé pour un jeu de plateau.

Côté règle du jeu, nous sommes sur un feuillet A5 et les explications tiennent sur un peu plus de huit pages. Le reste du document comprend les sept scénarios fournis dans la boîte. La règle a bien été présentée et rédigée de manière très accessible. Cela se lit vite et il n’y a vraiment aucun souci de compréhension. Le tout est complété par des illustrations bien utiles et il y a même un exemple de tour de jeu en toute fin du document.

En quelques minutes, le ou les joueurs effectuent la mise en place d’usage et la partie peut très rapidement débuter. Lors du premier tour de jeu d’une partie de découverte, la règle est utilisée en continu pour suivre et ne pas manquer une étape. Puis tout s’enchaîne facilement et aisément; il n’y alors plus besoin de se référer aux instructions. Et très vite, on se rend bien compte que la mécanique repose sur une base simple à appréhender et qui permet une belle fluidité dans le tour de jeu.

Les mécanismes de Résilience reposent principalement sur une gestion de main de cartes réfléchie et optimisée, ainsi que sur de l’anticipation. Le mélange de ces deux facteurs sera certainement la clé d’une partie menant à la victoire. A tout le moins, à de grandes chances de réussite car vous ne serez jamais à l’abri d’événements qui pourraient gripper les rouages de votre stratégie. Comme dans la vraie vie finalement ! Il faudra donc soigneusement choisir ses cartes et savoir quand les mettre en jeu. Et quand les retirer ! Trop peu de cartes engagées et vous manquerez d’efficacité. Et si vous prévoyez de sortir l’artillerie lourde, votre budget mettra définitivement un coup d’arrêt à toute profession efficace. Subtil non ? Surtout que vous constaterez assez vite que les indicateurs peuvent vite basculer, tant vers le positif que vers le négatif. En effet, ces derniers sont connectés et des combos, même indésirables peuvent se produire. Cascades en chaîne ou emballement via des effets domino. La partie peut basculer en seulement quelques tours. Par ailleurs, l’utilisation du D6 devra être utilisée avec parcimonie. La gestion des ressources – ou plutôt des différents indicateurs – pourra aussi être modifiée via ce dé; mais encore une fois, l’utiliser à outrance ne sera pas la solution. Au final, de subtils mécanismes qui fonctionnent très bien entre eux et qui vous mettront au défi. Il faudra souvent recommencer les scénarios pour trouver la clé de la victoire. Et elle se joue parfois avec une toute dernière carte !

Tout cela nous amène logiquement à évoquer la rejouabilité de Résilience. On pourrait se dire qu’une fois la solution du scénario trouvée, grâce notamment à l’optimisation de ses cartes de stratégie, le jeu perd de son intérêt. Mais il en n’est rien. Rappelons que le deck d’évènements est composé au hasard en début de partie et que les cartes sont piochées aléatoirement après avoir été brassées. Et les jets de dés permettent aussi de se retrouver dans des configurations très diverses et variées. Sans oublier encore les cartes de rôle qui rajoutent du contenu pour s’essayer à des stratégies différentes. Mais la grande force de la rejouabilité repose aussi sur son aspect boîte à outil. On l’a déjà dit, mais on le répète. Vous pouvez très facilement créer vos propres scénarios, vos propres situations de crise, fictives ou réelles. On pourrait donc presque évoquer un renouvellement sans limite. Il faut simplement être créatif.

Dans ce « Serious Game » qu’est Résilience, l’auteur a imaginé et voulu son opus comme un véritable support de formation, lequel se décline par le biais d’un jeu de société. Pour nous joueurs, le côté formation passe au second plan et cela peut parfois poser problème car « détourné » de son but premier, le titre pourrait n’avoir qu’un intérêt ludique très limité. Surtout s’il est pratiqué par des joueurs avisés. Et justement, ce n’est vraiment pas le cas dans Résilience; quelle belle surprise ! Derrière sa règle facile d’accès et la fluidité de son tour de jeu, il s’agit bien d’un jeu passionnant ! Tant au niveau de son thème que de ses mécanismes savoureux.

Résilience nous met perpétuellement au défi. Il faut anticiper, gérer sa main de manière efficace tout en se rongeant les ongles en constatant les différents indicateurs qui plongent rapidement dans le rouge ! Tout au long de la partie, on élabore sa petite stratégie et on essaie de planifier les prochains tours. Puis, un événement imprévu survient et il s’avère nécessaire de se réadapter. De s’ajuster. Et ainsi de suite tout en maîtrisant les points clés du scénario… C’est véritablement passionnant ! Parfois, on se surprend même à faire concorder les événements du jeu aux faits réels. Surtout si on transpose les scénarios vers des faits concrets; parce qu’il ne faut pas oublier que le jeu a aussi été imaginé pour cela ! Une fois la partie terminée, on veut en recommencer une autre et cette petite addiction demeure très plaisante.

Chez nous, Résilience trônera donc encore longtemps dans notre ludothèque. Ce petit OVNI ludique a véritablement tout d’un grand. Et la prochaine fois, qu’un de nos dirigeants se retrouve face à une situation exceptionnelle, pensez aux nombreux paramètres qu’il faut gérer. Sans oublier tous les éléments qui vont s’enchaîner… Et si vous avez du mal à vous en faire une idée concrète, alors il est temps de vous procurer un exemplaire de ce très bon titre qui demeure succulent en solo !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

Résilience sur Board Game Geek
Le site du jeu Résilience
Résilience décortiqué dans « Les Nouvelles du Front »

Rédacteur de l’article : Léo

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