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Couleurs de Paris, la belle histoire ne fait que commencer…

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 331 vues 10 minutes de lecture

Jeune anarchiste ou peintre symboliste, vous évoluez dans cet amas hétéroclite de poutres, de planches et de verrières, le Bateau-Lavoir… Comme d’autres artistes ayant enjambé les mêmes solives et baigné de cette même lumière montmartrienne, vous rêvez d’un destin à la mesure d’un Brancusi, Modigliani, Picasso, Matisse ou encore Braque, pour ne citer que les peintres. Aujourd’hui, une occasion en or se présente à vous, puisqu’une compétition de peinture « à la manière de… » est organisée au sein du Bateau-Lavoir. Son gagnant prendra la tête de cet atelier aussi vétuste que prestigieux !

Étonnant comme cette histoire entre en résonance avec la propre histoire de l’auteur, Nicolas de Oliveira. Le panthéon du jeu de société est peuplé d’autres noms que ceux sus-cités… Mais comme tout auteur, Nicolas de Oliveira caressait certainement le rêve, un jour, d’y ajouter le sien. Bien sûr, avec un premier jeu édité, il n’en est pas encore là. Mais la première porte est franchie et le succès est déjà au rendez-vous. La belle histoire commence au FIJ 2017 de Cannes où l’auteur présente son premier jeu « Paint it » au Proto-lab (sélection par des professionnels du secteur) et au Off (participation libre). Deux collaborateurs de Super Meeple flashent, sans se concerter, sur ce prototype atypique. Un mois après, le jeu est signé ! 

C’est aussi une première pour le jeune éditeur Super Meeple, puisqu’après avoir fait leurs armes dans la ré-édition d’anciens jeux à succès puis dans la localisation, ils éditent, avec Couleurs de Paris, leur première création originale ! Et vu l’accueil fait à ce jeu, on ne doute pas qu’ils continueront sur cette voie.

Couleurs de Paris est un jeu de gestion de ressources et de placement d’assistants pour deux à quatre peintres en herbe dont le rythme des actions est mû par un plateau rotatif. Une petite heure suffit à les départager. Deux à quatre joueurs pourront s’y essayer avec une accessibilité dès dix ans. Immédiatement, on vous en dit plus.

Une histoire de t(c)ubes de peinture

Le gagnant sera le peintre qui, grâce au travail acharné de ses assistants, aura accumulé le plus de points de prestige. Ces points s’obtiennent soit en livrant une commande (un tableau terminé, offrant un prestige variable selon sa difficulté d’exécution), soit en emmagasinant des t(c)ubes de la fascinante couleur noire, soit en ayant suffisamment amélioré ses outils (bonus de développement) : tube de peinture, palette de mélange ou pinceau.

Le prestige de chaque artiste est comptabilisé quand la partie prend fin. Et justement, celle-ci se termine quand un joueur a entièrement peint deux tableaux, ou lorsqu’il vient, suite à un mélange de trois couleurs secondaires, de saisir le cinquième et dernier cube de peinture noire. Avant d’en arriver là et de connaître, enfin, une gloire tant méritée, les peintres auront effectué le nombre de tour nécessaire à la consécration de l’un d’eux. Chacun de ces tours se décomposant en trois phases successives et très familières des habitués des jeux de placement d’ouvriers.

Durant la première phase, chaque joueur place un assistant sur une case non occupée de la partie inférieure ou supérieure du plateau. Quand tous les assistants ont été joués (entre trois et six par joueur selon leur niveau de développement), c’est le début de la phase deux, durant laquelle les joueurs vont activer leurs assistants les uns après les autres et réaliser l’action correspondante à la case sur laquelle ils se trouvent. Les actions du plateau inférieur permettront aux joueurs de récupérer ou de mélanger des cubes de couleurs et d’améliorer leurs outils afin de pouvoir peindre les tableaux qu’ils auront préalablement sélectionnés dans la rivière dédiée. Les actions du plateau central sont plus spécifiques et vous permettront de copier l’un de vos adversaires, de lui voler son tabouret pour être le premier à jouer, de récupérer des cubes blancs (jokers) et surtout, de pouvoir contrôler la rotation du plateau en début de phase 3. C’est lors de cette dernière phase que les joueurs vont récupérer (presque tous) leurs assistants, mais avant cela, le plateau tournera de 0 à 2 crans suivant le placement et le choix des joueurs. Une dose de programmation est donc présente…

Souplesse, légèreté, et profondeur : un jeu imprégné de l’esprit impressionniste

La meilleure façon de rendre hommage à un tel thème était de soigner la dimension artistique du jeu. Super Meeple nous ayant habitués jusqu’ici à des productions de qualité, ils n’étaient donc pas réellement attendus au tournant. Mais si ils le furent, ce sont des acclamations qu’ils ont récoltées… Et de notre part, sans hésiter ! L’illustration de la boite est saisissante, grâce, notamment à une superbe lumière. En ouvrant la boite, nous découvrons qu’elle n’est pas une simple façade, puisque l’ensemble des éléments du jeu a subi le même traitement de la part de l’excellent Fabrice Weiss, le peintre en chef.

Le matériel est également très soigné, à l’image des plateaux joueurs double-couche, des chevalets en bois, et des meeples à forme originale très réussis. Les perfectionnistes pourraient regretter que le plateau rotatif soit un peu trop fin… ne le mettant pas à l’abri d’un léger gondolage.

Déformation qui serait excessivement en accord avec le thème, le Bateau-Lavoir étant sujet à de fréquentes infiltrations d’eau ! Nous ne sommes d’ailleurs pas étonnés que l’éditeur n’ait pas modifié le thème original du prototype, tant il imprègne le système de jeu. Rien de plus évident en effet, que de collecter des cubes de couleurs primaires pour les mélanger afin d’obtenir d’autres cubes de couleurs secondaires, pouvant eux-mêmes être à l’origine de cubes noirs ! 

Le livret de règles, lumineux et abondamment illustré, est très agréable à parcourir, et pour ce jeu aux consignes relativement simples, une seule lecture devrait suffire.

La mise en place est tout aussi aisée. En 5 minutes, vous serez prêts à affûter vos pinceaux. Dès la deuxième partie, vous aurez le loisirs d’ajouter l’un ou l’autre des deux modules de règles avancées ajoutant, au jeu, un peu de souplesse et d’immersion, ainsi qu’une touche d’asymétrie. La cohérence entre le thème et le gameplay évoquée ci-dessus, permet logiquement une prise en main quasi instantanée, particulièrement si vous êtes habitués aux jeux de placement d’ouvriers.

L’intérêt et l’originalité principale du jeu vient justement de la belle intuition de l’auteur qui a réussi à revisiter avec simplicité et fluidité la mécanique aussi usée qu’huilée de la pose de meeples. Grâce au plateau rotatif et aux règles qui lui sont associées (et notamment cet unique assistant qu’on laisse sur le plateau en fin de tour), le système de jeu se voit étoffé d’une dose de programmation dont la légèreté permet d’anticiper et de jouer avec souplesse, sans jamais risquer l’analysis paralysis.

Cet équilibre et cette élasticité provoquent des tours de jeux très dynamiques donnant une impression de jeu en continu. Impression appuyée par le fait que la majorité des actions peuvent être jouées simultanément. Ne vous attendez donc pas à attendre… il n’y a pas ou très peu de temps morts !

L’interaction, habituellement présente dans ce type de jeu, par le blocage induit par la pose d’un ouvrier est rehaussée par l’action permettant à un joueur de faire tourner le plateau d’un cran de plus ou de moins que prévu. Les programmations des autres joueurs peuvent s’en trouver enrayées, à moins qu’ils l’aient justement anticipée !

Les 2 modules avancés n’ajouteront pas d’interaction, mais assureront une plus grande rejouabilité à ce jeu qui ne demande qu’à s’user ! Ceci, grâce, notamment, à la possibilité d’incarner l’un des huit peintres renommés ayant arpenté le plancher du Bateau-Lavoir. Chacun de ces peintres apportant au joueur qui l’a choisi un pouvoir spécifique, lié, au moins dans l’intention, à l’histoire de l’artiste, à l’image de Renoir et sa relation avec la couleur bleue.

Sans révolutionner le genre, Couleurs de Paris, lui apporte une souplesse qui lui a souvent manqué. La gestion très astucieuse de la programmation insuffle un réel sentiment de maîtrise dans un jeu résolument accessible. Dynamique, intense, prenant, léger et très équilibré, Couleurs de Paris nous a ouvertement séduits, et visiblement nous ne sommes pas les seuls puisque des localisations aux USA, Canada, Brésil, Allemagne, Pays-Bas, Espagne et Italie sont déjà prévues. Le jeu est d’ailleurs présenté, en fin de ce mois, au GenCon d’Indianapolis, sous le titre « Colors of Paris ». La belle histoire ne fait que commencer !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La règle du jeu en français
La fiche du jeu sur Board Game Geek
Le site de l’éditeur Super Meeple

Rédacteur de l’article : Marc

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