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Affinity, cadavres exquis en harmonie !

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 432 vues 8 minutes de lecture

Si on vous dit : « Un extraterrestre /regarde le temps qui passe /pendant un repas de famille », «un vétéran /joue à cache-cache  /pour vaincre ses peurs » ou encore « une fée rondelette /fait du skateboard /sur l’autoroute » vous serez sûrement tentés de répondre… Kamoulox ! Mais saurez-vous déterminer si ces propositions sont plutôt de l’ordre du Beau, du Fun, du Triste ou du Glauque ?

C’est pourtant le défi que nous lance Gameflow, jeune maison d’édition grenobloise, avec Affinity : découvrir au travers de cadavres exquis, l’émotion qu’un joueur a voulu faire passer. Un opus facilement accessible pour des parties de trois à huit joueurs.

« Un auteur de jeu / s’échappe de ce monde /pour gagner sa vie »

Affinity rime avec poésie et les dessins de l’illustratrice romaine Emma Ferraro le confirment au premier coup d’œil. La couverture de la boîte elle-même nous plonge immédiatement dans son ambiance onirique et délicate, fortement influencée par les animés du Studio Ghibli (Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké…).

Gameflow nous a par ailleurs réservé une belle surprise à l’ouverture de la boîte : au lieu d’être en deux parties, classique, l’un des côtés du couvercle est aimanté et celui-ci se déploie comme si on ouvrait un livre. La deuxième de couverture faisant même office de plateau de jeu ! La partie dédiée au rangement est quant à elle aménagée pour servir également de distributeur de cartes.

Pour ce qui est du matériel, le jeu comprend 60 cartes vertes « début», 60 cartes jaunes « milieu » et 60 cartes rouges «fin» qui nous permettront de composer jusqu’à… 216’000 phrases différentes ! On compte aussi 32 cartes « Émotion », 1 plateau « Émotion » réversible, 3  jetons « jokers », deux marqueurs de progression et un petit Totem en bois de hêtre. Les éléments de jeu sont ergonomiques et minimalistes (couleurs franches, typographie parfaitement lisible), l’ensemble très cohérent et les illustrations prolongent l’univers du jeu. On a donc un support qui peut être apprécié par toute la famille sans pour autant sacrifier la beauté sur l’autel du design.

Enfin, la règle du jeu mérite une standing ovation pour sa clarté et sa concision, permettant une prise en main très rapide. Et ça, on adore !

« Une licorne /raconte son histoire /un sourire au coin des lèvres »

Le but du jeu dans Affinity est de faire triompher l’Harmonie face à la Discorde. Pour cela, il faudra faire deviner son émotion aux autres joueurs en composant des phrases et deviner la leur, grâce aux phrases qu’ils nous soumettront.

Voilà pour les grandes lignes, mais comment joue-t-on ? Au début de la partie, chaque joueur reçoit 10 cartes qu’il garde pour lui : 3 cartes « début », 3 cartes « milieu » et 3 cartes « fin » ainsi qu’une carte « Émotion ».  Cette dernière représente le sentiment que le joueur devra faire deviner aux autres grâce à une mini-histoire qu’il composera avec un début, un milieu et une fin de phrase. Celle-ci peut évoquer du Beau, du Fun, du Glauque ou du Triste, représentés par des petits esprits vraiment trop mignons !

Simultanément, chacun va donc composer sa phrase et la passer à son voisin de droite. Quand tout le monde a fini, une joueuse ou un joueur s’empare du Totem de la Décision, dévoile l’historiette qu’il a reçue en la posant face visible sur la zone de défausse et la lit à voix haute. Les joueurs, à part l’auteur de la phrase, débattent ensuite de l’émotion qui y est évoquée. Puis le porteur du Totem tranche en posant celui-ci sur le dessin adéquat du plateau d’émotions. L’auteur de la phrase révèle alors sa carte Émotion et on avance d’une case le marqueur correspondant : si l’émotion devinée était la bonne, le marqueur d’Harmonie progresse de sa zone vers celle de la Discorde et inversement si les joueurs n’avaient pas trouvé le bon résultat. Le Totem change ensuite de main et une nouvelle phrase est ainsi révélée.

On répète ces phases jusqu’à ce que toutes les émotions aient été révélées. Puis on commence un nouveau tour en complétant nos mains avec des cartes verte, jaune et rouge ainsi qu’une nouvelle carte Émotion piochée elle aussi au hasard. Chaque joueur compose alors une phrase évoquant son émotion, ainsi de suite.

Le plateau de jeu est composé de deux Illustrations représentant la Discorde et l’Harmonie, reliées par une piste de 15 cases : 5 cases Discorde, 5 cases neutres et 5 cases Harmonie. A la fin d’un tour, si le marqueur Harmonie est dans la zone de la Discorde, la partie est gagnée. Si le marqueur de Discorde est dans la zone de l’Harmonie, c’est un échec et si les deux marqueurs sont dans les zones adverses, c’est un bon début mais il vous faudra retenter votre chance avec une nouvelle partie, l’Harmonie n’étant pas encore votre point fort !

Trois jetons Jokers sont en outre disponibles pour tout le groupe et pour la durée de la partie. A tout moment, un joueur peut décider d’en utiliser un pour échanger le nombre de cartes de son choix avec de nouvelles et défausser les anciennes.

Enfin, deux variantes sont prévues pour plus d’accessibilité et de difficulté. On peut ainsi retourner le plateau des Émotions. Au dos de celui-ci, le personnage Glauque a disparu, ouvrant le jeu aux plus jeunes qui pourront échanger leurs cartes à loisir s’ils ne les comprennent pas.  C’est la variante « Famille ».

Mais les auteurs ont cependant aussi pensé aux joueurs les plus aguerris. Il leur est ainsi proposé de faire progresser, dès le début de la partie, le marqueur de Discorde d’une case pour chaque condition ci-dessous :

  • Tous les joueurs se connaissent depuis plus de 5 ans
  • Deux joueurs se connaissent depuis plus de 20 ans
  • Deux joueurs au moins sont en couple
  • Tous les joueurs sont de la même famille ou de la même génération
  • Tous les joueurs ont déjà fait au moins une partie ensemble
  • Tous les joueurs veulent encore augmenter un peu la difficulté !

« Un chroniqueur Jeudéclick/ termine son article/ avant de retourner jouer »

Impossible de ne pas penser à Dream On quand on joue à Affinity, pour son côté mignon sans être naïf et tant l’absurdité des cadavres exquis provoque le rire ou parfois une douce mélancolie. Ce qui relie en fait leurs auteurs ce sont avant tout les valeurs qu’ils nous transmettent via leurs jeux : la bienveillance et le bonheur qu’on éprouve à être ensemble pour jouer. Des jeux compétitifs, de baston, où les joueurs deviennent adversaires, il en existe beaucoup et on s’éclate régulièrement dessus ! Mais ce que nous propose Gameflow avec Affinity, c’est un jeu qui nous pousse à mieux nous comprendre, à chercher l’harmonie en nous creusant joyeusement la tête tout en créant des situations qui frisent souvent avec le ridicule et le burlesque. Un joli petit pet de Licorne-arc-en-ciel dans ce monde de brutes… Au passage, mention spéciale aux quatre auteurs : Davy Bernard, Jean-Philippe Sahut, Clément Leclerq et Roméo Hennion. On imagine qu’ils ont eu maintes occasions d’éprouver à la fois Discorde et Harmonie pour créer un jeu à huit mains !

On apprécie enfin le côté didactique du jeu pour les plus jeunes. On n’est pourtant clairement pas dans un jeu pour enfant au vu des nombreux niveaux de lecture que peuvent induire les textes des cartes. Comme cette « danseuse étoile /qui sautille joyeusement/ ce qui lui procure beaucoup de plaisir » ! D’ailleurs, on sait de source sûre que les auteurs préparent une extension basée avec de nouvelles cartes et surtout une nouvelle émotion : Sensuel…

Allez hop ! Au lit les enfants !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

Le site de l’éditeur Gameflow

Rédacteur de l’article : Arthur

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