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Heroes of Normandie, un wargame réellement fun ? Yes sir !

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 791 vues 10 minutes de lecture

Sur le front, les balles sifflent, les obus tombent, les ordres fusent. À chaque tir de mortier, le sol tremble. Le temps de recharger, un autre a pris le relais. Les blessés hurlent aussi fort que le Général et ses incapables de mécano qui font rugir les moteurs encrassés de nos pauvres Jeep inadaptées au bocage normand. On ne s’entend plus manger son corned-beef. D’ailleurs qu’est-ce qu’il peut brailler le Général ! Et c’est ainsi que les ennuis commencent. Nous le voyons débouler au mess en aboyant des ordres et me voilà désigné d’office pour une mission particulièrement dangereuse. Pour une fois que nous avions droit à une ration A, je reçois l’ordre de quitter la table sur le champ pour conduire une escouade derrière les lignes ennemies. La mission : trouver et ramener sain et sauf le soldat James Ryan, dont les trois frères sont morts au combat en l’espace de trois jours Rex, le chien du Général. Visiblement la pâtée du mess des officiers n’était pas à son goût, et il est parti digérer au cœur des positions allemandes…

L’univers est posé et il est décalé ! Heroes of Normandie nous plonge dans la réalité historique de la seconde guerre mondiale. Une réalité vue par le prisme de la pop culture hollywoodienne des années 60 à nos jours. Tarantino n’est pas loin, et à tout moment, on s’attend à entendre le joueur américain s’exclamer : « Moi, je fais dans le massacre de Nazis et crois-moi, ces derniers temps l’activité est en plein boom ! »

Heroes of Normandie, c’est donc un wargame parodique et sérieux à la fois. Un wargame d’escarmouche qui voit s’affronter 2 joueurs, enfilant pendant 1 à 3 heures, les uniformes des armées américaines et allemandes.

Le titre est une création de Yann et Clem de Devil Pig, maison d’édition créée par eux-mêmes pour le financement du jeu via Kickstarter en 2013. C’est le premier opus d’une gamme, depuis largement développée avec notamment Shadows over Normandie, Heroes of Stalingrad ou encore Heroes of Black Reach, utilisant le même système d’échelle tactique (nommé « Heroes System »).

Le Heroes System pour les rookies

Et pour ce premier jeu, les auteurs ont dépoussiéré le système tactique et iconographique du jeu Frontières avec l’ambition de créer un wargame profond, simple et fun. Le jeu propose un mode scénario et un mode affrontement libre. Dans le 1er mode, pour gagner, il vous faudra remplir les conditions de victoire propres au scénario choisi (par exemple, ramener vivant le chien du Général). Dans le 2ème mode, vous vaincrez en atteignant le nombre de points de victoire que vous aurez fixé avec votre adversaire lors de la mise en place. Vous gagnerez des points de victoire en contrôlant des zones spécifiques et en éliminant des unités adverses.

Lors de la mise en place, chaque joueur crée son armée en dépensant les points de recrutement indiqués sur sa tuile de recrutement (petit plateau individuel autour duquel s’articule l’armée d’un joueur). Avec les points de recrutement on peut notamment recruter des unités et des héros, mais aussi les équiper avec du matériel). Puis la partie démarre. Chaque partie se joue en 8 tours maximum (nombre de tours/durée de jeu variable suivant le scenario choisi) et chaque tour se compose de 3 phases.

Premièrement, la phase d’ordre. Pour chaque étoile possédée par un joueur (représentées sur les tuiles de recrutement, les unités, les héros), un joueur doit placer secrètement un pion ordre numéroté sur une unité de son choix. Chaque joueur place également un pion leurre (sans numéro) qui laisse croire à l’adversaire que l’unité sur laquelle il se trouve pourrait être activée.

Deuxième phase, celle d’activation. Chaque joueur dévoile, à son tour, un pion ordre en démarrant par le numéro 1. En activant cette unité, le joueur peut soit la déplacer (et éventuellement mener un assaut) soit la faire tirer.

Dernière phase dite de réserve. Toutes les unités qui n’ont pas reçu d’ordre ni effectué de tir d’opportunité peuvent se déplacer. Aucun tir ni assaut ne peut être effectué lors de cette phase.

Les assauts et les tirs sont résolus en comparant les résultats de lancers de dés, soit entre eux (pour les assauts), soit avec les points de défense de l’unité visée (pour les tirs). Les résultats des dés sont modifiés en fonction de bonus de combat (selon les types d’unités combattues), de l’éventuel bonus octroyé au défenseur si son unité est protégée par un bosquet, une forêt, une structure et de tout autre bonus lié à une capacité spéciale ou à une carte. Car oui, à tout moment du jeu vous pouvez jouer l’une ou l’autre de vos 4 cartes actions en main (parmi les 76 possibles).

Dans la pure tradition du wargame ?

A l’ouverture de la boîte on est saisi par l’abondance et la qualité générale du matériel. À l’image des 6 grandes plaques de terrain assemblables, on comprend immédiatement que la rejouabilité et l’immersion vont être au rendez-vous. En revanche, rendez-vous manqué pour le thermoformage… attendez-vous à vous amuser pour le rangement et l’organisation des multiples éléments dans la boîte ! Mais bon, vous êtes un joueur, n’est-ce pas ?

La direction artistique, signée Yann, Clem, Alex et Olivier est impressionnante. Les illustrations sont nombreuses, détaillées, diversifiées et épousent parfaitement le thème parodique du jeu. L’ensemble est clair, léger et rompt avec le style âpre et sérieux auquel les wargames nous ont habitués ! Ce soin apporté au design associé au travail d’écriture des différents scénarios nous fait entrer dans le thème dès la lecture des règles !

18 pages de règles et un livret de scénarios, pour le genre c’est peu. Et même si les règles sont simples pour un wargame et que les exemples illustrés sont légions, on ne peut pas s’empêcher de penser que quelques instructions et rappels supplémentaires n’auraient pas été de trop (du moins sur l’édition 1.2c que nous possédons) ! Cette légèreté didactique est compensée par le très complet site Internet de l’éditeur (FAQ, forum, correctifs, army manager,…) et une communauté de fans très active. Et ce, dès le démarrage. En parcourant le livret, nous découvrons avec intérêt que de nombreux points de règles sont associés au logo « Règle modifiée avec la communauté ».

Une fois les règles intégrées, le temps de mise en place diffère selon la complexité du scénario ou des choix des joueurs en cas d’affrontement libre. Les scénarios sont proposés avec un ordre de difficulté croissante, et, à l’image du 2ème scénario « Il faut sauver le soldat Ryan Rex », le temps de préparation de vos premières parties (incluant l’étape de création de vos armées) ne devrait pas excéder 10 à 15 minutes. Dès que vos troupes sont déployées, le jeu démarre immédiatement tant la prise en main semble « naturelle ». Evidemment, en avançant dans les scénarios, vous devrez multiplier les allers-retours vers le livret de règles… dans la pure tradition du wargame !

Et Heroes of Normandie joue avec la tradition ! L’ambition affichée est d’offrir un wargame exigeant et fun. Et pour nous, c’est réussi. En plus d’être très présent visuellement et narrativement, le fun est aussi intégré à la mécanique de jeu à travers l’incertitude et les retournements de situations apportés par l’utilisation de dés pour le combat et de cartes actions à tout moment du jeu. Mais également par le bluff obligatoire induit par le jeton ordre vierge (leurre).

La profondeur tactique n’est pas pour autant sacrifiée. On retrouve les règles inhérentes à un wargame d’escarmouche avec les notions de valeurs de mouvements, de ligne de vue, de portée de tir, d’effets de terrains et d’éléments de décors et son lot de capacités spéciales. Certains puristes sauteront au plafond en découvrant des cases carrées plutôt qu’hexagonales. Ce choix comme d’autres symbolise la volonté de Devil Pig de simplifier au maximum les règles de bases du genre pour rendre le jeu accessible aux non-initiés. Mais aussi pour apporter du rythme et du dynamisme. Le jeu prend ensuite beaucoup de profondeur avec les scénarios plus complexes et le mode affrontement libre pour lesquels la création d’armée du début sera cruciale et les capacités spéciales et les options de recrutements seront pleinement utilisées. Un peu de pratique sera évidemment nécessaire pour préserver la belle fluidité du jeu… dans la pur tradition du wargame !

La rejouabilité semble infinie, tant le mode affrontement libre et la grande quantité de matériel (terrains, bâtiments, structures, unités, véhicules, héros, matériels, armements, …) laisse la place à l’imagination. Si à cela vous ajoutez les nombreuses extensions et scénarios supplémentaires déjà disponibles, n’importe quelle scène d’affrontement historique ou imaginaire semble pouvoir être reproduite.

Avec les extensions, vous pourrez notamment vous procurer de nouvelles armées (Army boxes). Et avec une ou deux nouvelles armées vous pourrez ainsi prolonger l’expérience de jeu à 3 ou 4 joueurs en utilisant le mode affrontement libre.

La boîte de base ne dispose pas d’un mode solo, mais la très dynamique communauté des fans du jeu propose une variante solo très complète en téléchargement gratuit.

Pour nous, Heroes of Normandie est une excellente porte d’entrée dans le riche monde du wargame. Même si le hasard a une place non négligeable, il peut être relativement maîtrisé et n’efface pas la réelle profondeur tactique du jeu. Les parties sont très dynamiques et certains enchaînements font même croire à du temps réel. Paris réussi pour Devil Pig ! Heroes of Normandie est sans équivoque un jeu exigeant et fun à la fois, qui peut séduire les rookies comme les vétérans du wargame.

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La page du jeu sur le site de Board Game Geek
La règle du jeu en solo et en français
Le site du jeu
Le site de l’éditeur Devil Pig

Rédacteur de l’article : Marc

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