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Dual Powers, poing levé pour une révolution sur plateau !

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 356 vues 12 minutes de lecture

Mars 1917, le tsar Nicolas II est contraint d’abdiquer le trône de Russie. Un gouvernement provisoire et conservateur est alors formé afin de représenter l’autorité officielle de l’Etat. Le Soviet de Petrograd, un conseil de travailleurs élus et composé de militants socialistes, s’oppose fermement à ce nouveau gouvernement. Au cours des mois qui suivent, une lutte interne pour le pouvoir et l’influence déchire le pays et déclenche une révolution sociale. Dans cet état de double pouvoir, des leaders charismatiques vont naître de l’insatisfaction publique. Des leaders qui changeront pour toujours le futur de la scène politique russe.

En voilà un opus particulièrement intriguant qui a éveillé notre curiosité il y a quelques mois de cela. Car oui, si le jeu retrace le conflit de 1917, c’est bien en mai 2018 que l’histoire ludique débute. Et le projet a pris vie sur Kickstarter après une campagne de financement qui aura su convaincre quelques 1’400 contributeurs. Aux commandes de Dual Powers, Keith Matejka et sa maison d’éditions Thunderworks Games. Un porteur de projet qu’on avait déjà vu sur Kickstarter avec notamment le bien connu Roll Player qui a été un franc succès. Et à présent, voilà que Thunderworks s’attaque à un jeu de conflit sur fond historique. On ne les attendait pas sur ce style de jeu mais cela reste une excellente nouvelle surtout avec la façon dont tout cela est abordé. On vous prévient, il ne s’agit clairement pas d’un wargame et nous sommes davantage sur un jeu de gestion léger dans un contexte historique. Un très bon warteau !

Pour ce projet, l’éditeur s’est entouré de Brett Myers qui signe là une jolie réalisation avec Dual Powers. Un auteur qui avait déjà fait parler de lui pour avoir participé à la création du deck-building du Seigneur des Anneaux, aux côtés d’Eric Lang et Mike Elliott. Et les références ne s’arrêtent pas là car les illustrateurs sont eux aussi des créatifs qu’on a déjà aperçus sur la scène ludique. Kwanchai Moriya avec notamment le fameux Catacombs & Castles et Luis Francisco que l’on retrouve régulièrement sur des projets de jeux aux côtés de Weberson Santiago. Une magnifique brochette qui annonçait là l’édition d’un titre qui nous semblait particulièrement prometteur. Et pour vous donner l’eau à la bouche, vous allez voir que le résultat aura largement dépassé nos attentes.

Un à deux joueurs pourront s’illustrer sur le terrain de cette bonne vieille Mère Patrie (à prononcer avec l’accent russe !) pour des parties d’environ 45 à 60 minutes. L’éditeur annonce une accessibilité à partir de treize ans mais Dual Powers nous paraît abordable un peu avant cet âge, pour peu que les plus jeunes joueurs aient déjà l’habitude de taquiner du cube en bois.

Mais finalement, de quoi sera-t’il question dans Dual Powers ? Nous sommes donc en 1917 et le pouvoir en place s’oppose à la protestation des militants socialistes. Chaque joueur incarne l’un des deux camps et le but du jeu est d’obtenir le plus grand soutien en fin de partie, soit pour déclencher soit pour réprimer la guerre civile. Dual Powers est un jeu stratégique de placement piloté en Card Driven (jeu dans lequel les actions sont effectuées grâce aux effets des cartes) jouable en tour à tour. Les joueurs vont s’affronter pour déplacer leurs unités dans les différents quartiers de Saint-Pétersbourg et ainsi s’emparer du soutien de la population… pour remporter la partie !

Intéressons-nous à présent au matériel puis on vous présentera la règle avant de vous dire ce qui nous a décodés à vous parler de Dual Powers.

Y’a Koi Dedans ?

Vous allez voir rouge !

Dans Dual Powers, chaque joueur incarne soit le gouvernement provisoire en place, soit les militants socialistes du Soviet de Petrograd. Le joueur ayant le plus grand soutien à la fin de la partie façonnera l’avenir de la Russie et remportera la victoire.

La partie est divisée en plusieurs tours. Au début, tous les joueurs piochent cinq cartes et en choisissent une comme objectif secret. Les autres cartes sont jouées une à une et vont permettre de recruter des unités de différentes valeurs. Les unités seront ensuite déployées sur le plateau principal, lequel représente les différents quartiers/régions de Petrograd (actuellement Saint-Pétersbourg). Et chaque action utilisera du temps, symbolisé par l’avancement des jours du calendrier débutant le 1er mars. Mais il sera également possible de ne pas recruter de nouvelles unités et d’effectuer l’action spéciale de la carte jouée. 

Tout le sel du jeu sera d’obtenir la plus grande force dans les différents quartiers de la ville en sachant qu’il sera possible de déplacer ses unités. Mais à chaque tour seule la région où se produisent des troubles permettra de scorer. Sous oublier aussi les régions désignées par les deux joueurs comme objectif secret, qui permettront de marquer des points. Et bien sûr la région des troubles change à chaque tour. Pendant la partie, il sera possible de faire entrer en jeu des leaders charismatiques pour augmenter sa force. Mais aussi de contrôler la population symbolisée par des unités neutres, lesquelles rajouteront des points de force dans un camp ou un autre. Des bonus spéciaux seront également attribués en fonction de certaines actions.

La fin de partie peut se déclencher par une victoire immédiate de l’un des joueurs ou si le calendrier atteint octobre ou novembre. Le joueur qui possède alors le plus de soutien du peuple l’emporte.

Un jeu de poids qui nous fait changer de régime

Un conflit historique… un jeu stratégique… un graphisme qui tape à l’œil… chez nous, les warnings se sont rapidement allumés. Et sans vouloir vous gâcher la surprise, on a clairement pas été déçus. Côté matériel, on voit bien que Kickstarter est passé par là car grâce au financement, l’éditeur a intelligemment amélioré la qualité du matériel. A l’intérieur de la boîte de jeu, un solide plateau central, Une quantité de tuiles et de marqueurs produits dans un carton bien épais, plus d’une cinquantaine de cartes toilées, des jetons et des pions en bois et un livret des règles de douze pages. Si le plus grand soin a été porté au matériel de jeu, les aspects visuels ont été tout aussi soignés; le résultat est magnifique ! On retrouve l’univers graphique du début du siècle, presque tout droit sorti de la guerre froide. Des typographies qui rappellent le cyrillique et des aplats de couleurs harmonieux. Le tout, mis en valeur grâce aux illustrations colorées de Kwanchai Moriya. On ne s’en lasse pas !

Au niveau du thème, l’éditeur a voulu quelque chose de « light » et cela se ressent. On ne perd pas de temps avec des faits historiques même si le contexte reste légèrement présent tout au long de la partie. Certains apprécieront, d’autres le regretteront. De notre côté, on aurait aimé lier nos actions à des faits réels. Mais ce n’est pas si dérangeant car finalement, durant toute la partie, on plonge au cœur de ces temps de soulèvements populaires.

La règle du jeu a bien été rédigée. Sans fioritures, elle va directement à l’essentiel avec des illustrations bien choisies et quelques exemples. Après moins de cinq petites minutes, la mise en place est effectuée et le partie peut vite débuter. Aidée par des pictogrammes soigneusement réalisés, par un tour de jeu pensé et optimisé, la prise en main du jeu demeure aisée et il n’est même pas nécessaire de prévoir une partie de découvertes. La lutte peut immédiatement commencer, Camarade !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur de Dual Powers a particulièrement travaillé son jeu. Un titre dont les mécanismes fonctionnent merveilleusement bien ensemble. On vous l’a dit, l’opus est un card driven et le gameplay est entièrement centré sur ce « moteur » de jeu. Et ce mécanisme fonctionne parfaitement sur ce type d’opus qui permet à chaque fois d’ajouter un petit contexte historique à la partie. Avec Dual Powers, le texte s’accroche n’est que là pour l’ambiance (dommage !), mais on apprécie quand même cet effort éditorial. La partie implique aussi une gestion de main avec les bonnes cartes qu’il faudra jouer aux bons moments et de manière réfléchie. Sur le plateau central, des mécanismes de placements et de majorités sont utilisés. Encore une fois, de façon subtile et avec une bonne dose de stratégie. Ni trop ni pas assez… Pour être francs avec vous, le mécanisme n’a rien de bien révolutionnaire mais il nous a totalement conquis. On note au passage un peu de hasard avec le tirage aléatoire des cartes et de la planification qui s’avère également possible pour les zones de conflit. Au final, c’est bel et bien des mécanismes travaillés et finement dosés qui nous régalent du début à la fin de la partie !

Un petit mot encore sur le tour de jeu que l’on a ressenti comme vif et très prenant. On ne reste pas longtemps sans rien faire; finalement, uniquement pendant que l’adversaire joue ses cartes. Et il y a également une bonne interaction avec un système de jeu favorable aux échanges et aux discussions.

Certains vont sans doute se poser la question de la complexité du jeu. Il est toujours difficile d’aborder ce point car chaque joueur place son degré de complexité à un niveau différent. Mais n’oublions pas une chose, Dual Powers n’est pas un wargame ! Un warteau léger, avec sa thématique historique et les différents aspects typiques qui le caractérise. On aurait plutôt envie de vous dire qu’il s’agit d’un jeu de gestion d’une complexité moyenne. Entendez par là, une bonne porte d’entrée pour un niveau gamer. Mais très abordable on vous rassure ! Surtout qu’avec une moyenne de 45 minutes par partie, il n’y a pas de quoi se perdre dans une éventuelle complexité hors du commun.

Au niveau de la rejouabilité, aucun souci à vous faire. Entre le tirage aléatoire des cartes, des zones de conflits, des barricades, du deck de cartes suffisamment conséquent et même des nombreuses stratégies à explorer, il y a de quoi diversifier les parties.

Notre impression générale du jeu s’avère au final très positive. Et pour vous dire toute la vérité, il s’agit d’un titre qui rejoint la courte liste de nos meilleurs opus joués en 2018. Lors de l’approche initiale, on se demande vraiment ce que le jeu a dans le ventre. Avec ce pion de volonté du peuple qui ne bouge pas et qui nous paraît si important. Puis, petit à petit, la partie évolue, augmente en intensité et toute la profondeur de jeu nous paraît nettement plus évidente. Avec des actions disponibles qui sont plutôt limitées, l’auteur a su proposer une richesse dans le gameplay, sans qu’on se perde dans une quantité de possibilités. Et cela, c’est plutôt bien vu ! Sur le plateau central, il ne faut rien lâcher à l’adversaire et chaque placement a son importance. Chaque valeur d’unité doit être pensée en fonction de la réserve de tuiles encore à disposition. Les leaders quant à eux apporteront de bons avantages sans pour autant changer drastiquement le cours de la partie. Et le tout avec naturellement de la réflexion, mais de manière fluide et légère. Sans oublier que visuellement, on se régale avec des composants qui nous apportent leur dose d’immersion. 

Jouable également en solo, avec son système d’Automa qui lui est propre, nous reviendront sur ce mode de jeu dans un article séparé. Un petit sujet qui lui sera spécifiquement dédié.

Alors d’accord, le contexte historique ne nous force pas à nous réjouir. Mais si le tsar Nicolas II n’avait pas abdiqué le trône de Russie, nous n’aurions probablement pas eu la chance d’avoir un « Dual Powers » entre les mains. Et cela aurait été fort décevant car le titre est pour nous un grand jeu ! Oui, tout simplement un grand jeu !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La règle du jeu en français
Le fiche sur Board Game Geeek
Le site de l’éditeur Thunderworks Games

Rédacteur de l’article : Léo

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