Accueil > Articles > Sarah’s Vision, l’Assurance d’une coopération efficace

Sarah’s Vision, l’Assurance d’une coopération efficace

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 336 vues 13 minutes de lecture

La cité semblait pourtant paisible. Les radars de régulation n’avaient rien détecté de suspect. Tout semblait absolument normal, et pourtant. Une situation que beaucoup avaient sous estimée grandissait de manière totalement incontrôlée. Nous aurions dû le prévoir. Nous aurions dû l’anticiper. Au lieu de cela, des voitures volontaires autonomes se sont écrasées ce matin. En pleine rue, c’est un désastre ! La vie humaine doit être préservée et la technologie doit continuer son développement. Le gouvernement avait pourtant eu des soupçons sur ce groupuscule qui ne partage pas nos valeurs technologiques. Depuis les dernières élections de 2161, ils avaient prévenu ! Mais personne ne pensait qu’ils pourraient passer à l’action. Cette fois, il nous faut préserver la population, préserver nos valeurs,… L’Agence doit intervenir !

C’est un bon vers le futur qu’on vous propose aujourd’hui avec ce jeu Sarah’s Vision. Un bon de quelques cent quarante années dans l’Europe de demain. Systèmes de transport automatisés, voitures volantes, énergie illimitée, circulation continue de l’information. L’humanité se dirige rapidement vers une révolution technologique massive qui démocratise la connaissance et les systèmes. Le décor est à présent posé pour un jeu plutôt atypique. Atypique déjà par son éditeur, qui n’en est pas vraiment un; du moins, dont la vocation première n’est pas d’éditer des jeux de société. Et encore moins des jeux de plateau. En l’occurrence, l’éditeur de Sarah’s Vision est une compagnie d’assurances suisse et plus précisément Bâloise Group. Aussi étonnant que cela puisse être, ce n’est pas la première fois qu’une telle entreprise s’oriente vers le jeu de plateau. On l’avait déjà vu avec Assura, une autre compagnie d’assurance, qui avait passé commande d’un jeu au duo Sébastien Pauchon et Bruno Cathala. Un vrai succès qui révélera par la suite l’excellent titre « Jamaica » !

Mais alors pourquoi un assureur souhaite-t’il éditer un jeu de plateau ? Précisons d’abord que Sarah’s Vision est un jeu coopératif. Un titre dans lequel les joueurs doivent collaborer sur presque toutes les actions ! Mais également un jeu rempli de décisions stratégiques. C’est précisément pour cette raison que Bâloise Group a développé le jeu pour ses collaborateurs. Pour favoriser la coopération et pour que le plaisir reste au premier plan, comme cela est de rigueur pour un jeu. Voilà en tous cas comment l’assureur-éditeur justifie son intérêt pour du jeu de plateau. Et au passage, on peut tout à fait imaginer que l’idée était plutôt séduisante de véhiculer l’image du groupe sur un tel support. Surtout que le jeu est aussi disponible à la vente pour les personnes intéressées.

Concernant cette mise en vente du jeu, notons tout de même que vous ne trouverez pas d’exemplaire de Sarah’s Vision dans vos boutiques préférées ; même dans les magasins spécialisés. En tous cas pour le moment (mai 2019). Bâloise Group le vend uniquement en ligne, depuis son site Internet. Si vous résidez en Suisse, les frais d’expédition sont courants mais pour tout envoi dans la zone EU, il faudra mettre lourdement la main au porte-monnaie. Vous trouverez néanmoins le lien vers la commande au bas de ce sujet.

Côté développement, Bâloise Group a confié la réalisation du titre à l’éditeur ITB. Un intervenant qu’on connaît bien dans le monde du jeu de plateau puisque figurent à son catalogue, l’excellent Sub Terra ou encore le jeu Newspeak. D’ailleurs, en parlant de ce deuxième opus, on va retrouver le même auteur aux commandes de Sarah’s Vision. C’est donc Anthony Howgego qui marque le jeu de son empreinte. Quant aux illustrations, ces dernières sont signées Marco Luna Villela, qui semble être totalement inconnu du monde ludique. Un dernier mot encore sur les données usuelles de l’opus qui se joue de 1 à 4 joueurs, pour des parties de 60 à 90 minutes, dès 14 ans. L’âge de 14 ans étant indicatif pour les raisons que nous connaissons bien, on peut vous confirmer que Sarah’s Vision reste accessible dès 12 ans, peut-être même un peu avant.

Mais alors, quel est donc le but du jeu ? Vous endossez le rôle d’agents spéciaux de l’Agence et vous devez faire face aux événements qui mettent en danger les citoyens. Vous collaborez pour faire face à un événement qui se déclenche à chaque fin de tour. Ces événements vont directement impacter les personnages qui sont présents sur le plateau central. A moins bien sûr que vous annuliez ces événements, que vous retardiez leurs effets ou que vous protégiez vos citoyens. Le jeu comporte également la particularité d’utiliser une tour de blocs, façon « Jenga », qui pourra vous pénaliser si vous ne vous coordonnez pas correctement avec les autres joueurs et surtout, qui vous fournira des ressources limitées.

Avant d’étoffer les règles du jeu, regardons le contenu d’une boîte de Sarah’s Vision, avec notre capsule vidéo tournée en accéléré.

Y’a Koi Dedans ?

Bienvenue en 2163

En tout début, vous choisissez un scénario parmi les trois contenus dans la boîte de jeu. Chaque joueur va incarner un agent spécial. Sur le plateau central, trois personnages sont positionnés sur les neuf lieux de la ville. Un ingénieur, un sénateur et un scientifique. Vous remportez la partie si les vingt événements du scénario sont terminés et qu’aucun des trois personnages n’est crédité de plus de quatre cubes de danger. Cinq, et c’est perdu !

Avant de commencer, les cinq premiers événements sont révélés face visible. A chaque tour, les joueurs ont le droit d’effectuer une seule action. Vous avez le droit d’intervertir deux cartes d’événements, de retirer une carte événement, de révéler une carte événement face visible ou de recouvrir une partie d’un événement. Pour chaque action, vous devez payer son coût en ressources. Soit en piochant un bloc ressource dans la tour, soit en ayant déverrouillé des blocs sur le plateau principal, ou en payant au moyen de cubes d’inspiration que les joueurs pourront gagner pendant les événements. Dans les actions possibles, vous pourrez encore piocher une carte dite « directive » qui vous procurera des bonus jouables en fin de tour.

Quand chacun a effectué et payé son action, l’événement du tour en cours se déclenche. L’éventuel effet est appliqué et des cubes de danger sont placés sur le plateau central. Si des personnages se trouvent au même endroit que des cubes de danger, ces derniers les ajoutent à leur zone « danger ». Les cartes directives sont ensuite jouées, les cubes « danger » et « inspiration » sont récupérés et un nouveau tour commence. La partie continue alors jusqu’à l’accomplissement éventuel de la condition de victoire.

Ne manquez pas de ressources…

Une boîte plutôt impressionnante et bien épaisse pour cette édition de Sarah’s Vision. Un discret vernis sélectif sur le titre et une illustration de couverture qui nous donnent vraiment envie d’ouvrir le boîtage. A l’intérieur, 46 blocs de ressources en plastique, 2 plateaux de jeu, 80 cubes en plastique, 99 cartes en différents formats, des pions et des jetons en carton, 3 portes-pions en plastique, un jeton de premier joueur en métal et le livret des règles. Une production plutôt bien réalisée avec du carton épais, un jeton en métal, des pochettes de rangement pour les cartes et même des petits sacs en tissus. En revanche, si certaines cartes ont le mérite d’être grandes et faciles à lire – ce que nous apprécions beaucoup – prévoyez peut-être de protéger les petites cartes directives car elles sont régulièrement manipulées durant la partie.

Sarah’s Vision a été illustré avec beaucoup de soin et le rendu visuel est franchement réussi. Ne serait-ce que les illustrations de la règle du jeu, ou le board principal, ou encore le magnifique facing de la boîte. On s’imagine tout à fait au cœur du 22ème siècle, ou en tous cas dans un futur plutôt éloigné. Puisqu’on évoque le thème, autant vous le dire tout de suite, on a eu un peu de mal à trouver une concordance avec le système de jeu. Même si ce n’est pas évident de coller cette thématique aux mécanismes utilisés, le rapprochement ne nous a pas semblé forcément adéquat. Cela dit, des goûts et des couleurs… Peut-être que vous aurez davantage de facilité que nous à vous immerger dans les pratiques futuristes des années 2100. Quoi qu’il en soit et dans tous les cas, on vous rassure, cela n’enlève absolument rien à l’expérience de jeu et le thème n’en reste pas moins original.

Une expérience de jeu qui débute par forcément par la lecture de la règle. On nous l’avait annoncée comme perfectible, mais honnêtement, on a vu pire ! Effectivement, certaines phrases sont à revoir, mais l’éditeur nous a d’ores et déjà annoncé que cette règle serait révisée et que les petites coquilles qui sont présentes seront gommées. Cela étant dit, on retrouve un document facile à lire, bien aéré et structuré. Tout y est décrit de manière à ne pas avoir besoin de se replonger dans le fascicule, schémas à l’appui, une fois la partie débutée. Et l’efficacité de ces instructions est bien au rendez-vous !

Comptez cinq minutes pour la mise en place, et c’est parti ! Pas besoin d’une partie de découverte, vous pourrez directement entrer dans le vif du sujet. Et la première impression est positive avec une vraie facilité dans le tour de jeu. Il faut dire qu’il n’y a qu’une action à effectuer par tour et par joueur. Par ailleurs, les différentes étapes du tour de jeu sont bien structurées et la progression se veut intuitive. Après quelques tours d’une première partie, on se rend vite compte que la collaboration et la coopération entre les joueurs seront la clé de la réussite. Mais ? Ne serait-ce pas ce qui a été voulu par notre assureur-éditeur ? Un jeu « hyper » coopératif ? Le moins que l’on puisse dire c’est que la mission est accomplie !

Dans les mécanismes de jeu, pas mal de choses s’entrelacent. Mais de manière harmonieuse. On vous l’a dit, la collaboration entre les joueurs se veut être au centre du gameplay. Impossible de parvenir à vos fins sans discuter – de pratiquement tout – avec les autres joueurs. Et même pour piocher des ressources dans la HQ Tower, vous devrez vous faire aider. Car avec une seule main, gare aux catastrophes ! Mais on retrouve encore des mécanismes d’anticipation, de planification et de gestion. En effet, vous devrez correctement gérer les déplacements des personnages, la récupération des cubes d’inspiration ou même encore le fait de recouvrir certaines cartes d’événements pour éviter le pire. Une forme également de gestion de main, avec les quelques cartes directives qui devront être jouées au bon moment. L’adresse sera aussi au rendez-vous pour que la tour des ressources ne bascule pas. Dans cet opus, le hasard ne fait pas partie du jeu. Ou presque, car seul les cartes directives sont piochées face cachée. Tout le reste peut et doit être contrôlé par les joueurs. C’est donc un panel de mécanismes plutôt fleuri, mais dont l’ensemble concorde. L’aspect sympathique de ce système consiste bien dans la richesse de ces mécanismes et dans le fait d’avoir une vraie facilité d’accès sur ces derniers. L’auteur a réalisé là un très bon travail !

Sarah’s Vision comporte une part narrative avec pour chacun des trois scénarios, une « petite » histoire qui accompagne les joueurs du début à la fin. A chaque événement, on progresse dans l’histoire et quelques cartes rajoutent encore du contenu en cours de jeu. Plutôt sympa même si ces éléments sont apportés de manière légère tout le long de la partie.

Concernant le tour de jeu, on ne reste vraiment pas longtemps à rien faire. Il faut dire que chacun effectue une seule action ! Mais même quand on ne joue pas, on assiste les autres et surtout, on réfléchit en commun à notre progression dans la partie. Surtout que ce n’est pas si simple à remporter la victoire et les ressources vont vite commencer à manquer. L’intensité de la partie reste donc constante sur l’ensemble du tour de jeu.

En terme de rejouabilité, il y a de quoi faire, même si les histoires et les événements restent les mêmes. Vous pourriez également imaginer de « brasser » les cartes d’événement, en ne vous préoccupant plus de l’histoire. Ceci afin d’introduire une part d’aléatoire et ainsi augmenter cette rejouabilié. Mais c’est à vous de voir ! Par ailleurs, les ressources sont placées aléatoirement dans la HQ Tower ce qui va forcément impliquer qu’une partie ne ressemblera pas à une autre.

Pour nous, c’était une expérience plaisante que de découvrir et de jouer à Sarah’s Vision. Surtout qu’on ne s’attendait pas à une telle démarche de la part d’un groupe tel que Bâloise. Ceci dit, l’éditeur a su s’entourer de gens compétents ayant une vraie expertise en matière de jeu de plateau. Le résultat est donc à la hauteur d’un vrai jeu de gestion qui n’a rien à envier à tous ses grands frères. Visuellement, on se retrouve plongés au cœur du jeu et la prise en main a été optimisée pour en faire quelque chose de simple. Un tour de jeu rapide, malin et où la coopération se veut au centre de tout. Plutôt génial ! Des mécanismes qui fonctionnent entre eux, du challenge et au final, une réalisation qui nous a bien plu. Par ailleurs, ce n’est pas l’idée première du jeu et l’éditeur ne le précise pas, mais on ne voit pas pourquoi Sarah’s Vision pourrait pas non plus être joué en solo. Vous êtes prévenus…

L’avenir est à vous, mais il faudra faire en sorte d’assurer vos lendemains et ceux des autres citoyens. Agents, vous savez quoi faire !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La règle du jeu en français
Commander le jeu en ligne
La fiche du jeu chez Bâloise Group
La fiche du jeu sur Board Game Geek

Rédacteur de l’article : Léo

VOUS POUVEZ EGALEMENT AIMER

Laisser un commentaire