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Gugong, un jeu… impérial !

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 552 vues 13 minutes de lecture

Pour la troisième fois cette semaine voilà que je parcours les allées de la Cité Interdite. Cette fois, je sens que je pourrais enfin parvenir à mes fins. Mes mains sont quand même moites et j’ai très chaud sous cette étole de tissu coloré. Le notable en charge du palais de l’Empereur me semblait facilement corruptible, mais il me donne pourtant du fil à retordre. Je l’ai appris à mes dépends. Et ce n’est pas cette chaleur suffocante qui arrange les choses. Mais face à lui, je ferai pourtant bonne figure. La première fois que j’ai demandé audience, mes quelques pièces ont fait rire ce brave homme qui ne m’a accordé que peu d’attention. Hier, il s’est montré nettement plus intéressé par les pierres de jade que je lui proposais. Insatisfait dans l’âme, j’ai parfaitement compris qu’un petit suppléant serait fort apprécié. Mais voilà que j’arrive déjà aux abords du palais et je crois bien que je vais littéralement me décomposer. Je dois être livide. Mon cœur bat la chamade et j’ai la tête qui tourne. Ça y est il m’a vu… Un sourire forcé mais de circonstance, je ne peux plus reculer à présent.

Oui, direction la Chine du 16ème siècle et son fameux Palais Ancien. Plus connu sous le nom de Gugong (Gùgōng) et que l’on appelle aujourd’hui la Cité Interdite. Un haut lieu de l’histoire chinoise et un terrain de jeu idéal pour un opus de type « Euro Game ». L’histoire du jeu qui nous intéresse aujourd’hui est un peu plus récente puisqu’elle débute en mai 2018 après un financement sur Kickstarter. Initialement, le jeu s’appelait « The Forbidden City » mais pour des questions juridiques, il sera rebaptisé « Gùgōng ». Et c’est tant mieux parce que ce nom plus traditionnel colle davantage avec l’ensemble. Porté en participatif par Game Brewer et TMG, le jeu connaîtra un incroyable plébiscite avec pas moins de 5’000 contributeurs qui débloqueront plus de 266’000€ ! De quoi sortir d’usine une bien belle édition et vous verrez que les possesseurs de la boîte Deluxe auront de quoi se faire plaisir. D’ailleurs, les visuels de notre article vous présentent cette édition. Il y aura donc des différences avec la version disponible dans le commerce.

Aux commandes de Gugong, on retrouve l’allemand Andreas Steding qui n’est autre que l’auteur d’Hansa Teutonica ou Firenze. Vous pariez qu’on va avoir droit à des mécanismes à l’allemande ? Trêve de plaisanteries… le jeu est un titre orienté « expert », ou plutôt « joueurs avertis » et ce ne n’est pas pour rien que les parties sont estimées entre 90 et 120 minutes dès douze ans. Mais vous constaterez que Gugong n’en reste pas moins très accessible. Praticable jusqu’à cinq joueurs, l’opus contient également une version solo et nous ne l’avons pas encore précisé, mais c’est une évidence, le jeu est bien entendu disponible en français. 

En 1570, la Chine est sous le règne de l’empereur Longqing, qui a hérité d’un pays en désarroi, rongé par la corruption. Mais les choses prétendent changer et les hauts responsables de la Cité Interdite privilégient désormais les échanges de cadeaux. Bien entendu de valeur inférieure pour louer leurs bons et loyaux services. Et c’est principalement cette coutume qui sera utilisée dans Gugong avec au centre de la partie, un mécanisme d’échange de cartes. Tout un système de commerce, de gestion et de collecte de ressources devra se mettre en place. Le but ultime étant d’obtenir une audience avec l’Empereur ! Les joueurs qui y parviennent pourront alors comptabiliser leurs points de victoire afin de désigner un gagnant.

Avant de vous en dire plus, regardons immédiatement ce qui se cache à l’intérieur d’une boîte de Gugong, édition Deluxe.

Y’a Koi Dedans ?

Sauvé par le Gugong !

En tant que membre d’une puissante famille chinoise, vous allez essayer d’acheter les faveurs des officiers impériaux pour obtenir une audience avec l’Empereur. Et ainsi gagner la partie avec le plus de points de victoire. Mais pour être éligible aux comptage des points de victoire, le jeu vous oblige, avant la fin de partie, a être présent avec votre marqueur au sommet de la piste du Pavillon de la Pureté Céleste.

En début de partie, chaque joueur reçoit une série de cartes que chacun jouera à tour de rôle. Ces cartes représentent des cadeaux qui seront à échanger avec les sept officiers impériaux de la Cité Interdite. D’une manière générale, il faudra échanger des cadeaux de plus grande valeur pour effectuer l’action du lieu et des actions secondaires. Ainsi, il sera alors possible d’obtenir différents bonus ou participer à la construction de la Grande Muraille en échange de récompenses. Vous pourrez aussi acquérir des pierres de Jade et plus vous en posséderez en fin de partie et plus vous marquerez des points de victoire. D’autres actions serviront à déterminer l’ordre du prochain tour, ou à vous faire progresser sur le Pavillon de la Pureté Céleste pour obtenir une audience avec l’Empereur. Une action comportant des décrets apportera des avantages qui seront actifs tout au long de la partie. Mais plus les décrets seront utilisés par les joueurs et plus ils seront onéreux à acquérir. Avec la dernière action, vous pourrez naviguer sur le grand canal afin de commencer et obtenir ainsi toutes sortes d’avantages et points de victoire.

Quand plus personne n’aura de cartes en main, l’étape suivante permettra à tous les joueurs de marquer des points en fonction des cartes jouées. Puis un nouveau tour pourra commencer et l’étape sera répétée durant quatre tours. En fin de partie, les joueurs qui auront obtenu une audience avec l’Empereur totaliseront leurs points de victoire. Et le gagnant l’emportera.

A savourer sans modération

On connaît le raffinement bien connu de la culture chinoise. On espère donc qu’une boîte de Gugong suive ce même concept. Et force est de constater que tel est bien le cas. Dans notre article, nous nous intéresserons donc à la version Deluxe, une boîte de jeu produite avec soin et élégance. Rassurez-vous, l’éditeur a porté le même soin à la version disponible dans le commerce. Seuls quelques composants divergent (tuiles et marqueurs).

Rien que le boîtage de cette édition Deluxe annonce une production plutôt élevée. Du carton très épais, avec de magnifiques illustrations qu’on retrouve même à l’intérieur du couvercle et au fond de la boîte, sans oublier une dorure à chaud pour le titre du jeu. C’est du plus bel effet ! A l’intérieur, un immense plateau de jeu recto-verso, des plateaux individuels pour chaque joueur, plus d’une trentaine de cartes toilées, trois dés en bois, 20 gemmes, diverses tuiles en bois, des tuiles en carton, une série de meeples en bois, des jetons et des marqueurs en métal, ainsi que la règle du jeu. Les composants individuels sont rangés dans de petites boîtes en plastique avec des couvercles et un thermoformage très bien pensé tapisse également le fond de la boîte. Une édition grand luxe qui fait plaisir à voir, d’autant plus que tout a été très bien pensé. C’est donc une production impressionnante, sans aucune fausse note !

Vingt pages de règles qui sont compulsées dans un livret bien agencé mais également bien rempli. L’ensemble se lit avec plaisir surtout que les explications sont régulièrement accompagnées d’exemples pertinents. Et avec de nombreuses illustrations ! Même si le jeu se destine à des joueurs avertis, la règle ne pose aucun problème et une belle clarté s’en dégage.

Le jeu compte un certain nombre d’actions, de sous-actions, de mécanismes à appréhender, de combos à maîtriser… Mais la première partie s’effectue véritablement de manière aisée. Gugong nous a frappés par sa simplicité et sa facilité d’accès. Une certaine logique prédomine dès la prise en main du titre. On repère rapidement où la partie va nous conduire et les étapes pour parvenir à nos fins. En outre, de nombreux pictogrammes accompagnent les composants ; rappelons que le matériel de jeu ne comporte aucun texte. Comptez avec un ou deux allers-retours dans la règle lors de votre première partie, ce qui est tout à fait logique avec ce type de jeu. Une fois la partie lancée, il n’y a plus besoin de se référer au livret d’instructions si ce n’est pour y comprendre les derniers pictogrammes qui n’auraient pas encore été abordés. Pour nous, cette accessibilité s’avère un énorme point fort, surtout sur un jeu de type Euro comme Gugong.

Comme les composants sont déjà triés et rangés dans les boîtes et le thermoformage, la mise en place s’en trouve facilitée. En cinq petites minutes, le setup est effectué et la partie peut débuter. Sur certains jeux à l’allemande, on se retrouve parfois avec des temps de préparation de partie assez élevés. Et là non ! C’est même tout le contraire.

Les mécanismes utilisés dans Gugong sont plutôt variés et l’opus impliquera une petite courbe d’apprentissage afin de maîtriser et apprécier toute la profondeur de jeu. On retrouve de la gestion de cartes en tant que moteur principal. De l’échange de cartes pour être plus précis. La gestion de main sera donc essentielle à laquelle on rajoute un certain opportunisme dont il faudra faire preuve pour effectuer les échanges aux bons moments. Quelques combos sont également possibles entre les cartes mais aussi avec et entre les actions disponibles sur le plateau. De la gestion de ressources, des collections, du placement, de l’optimisation, et quelques mécaniques qui peuvent s’apparenter à de la pose d’ouvriers, viennent également compléter l’expérience de jeu. C’est donc un opus très complet qui nous est proposé là par Andreas Steding. 

Concrètement, vous l’avez constaté, on se promène dans la Cité Interdite, passant de palais en palais et en offrant des présents aux différents notables des lieux. Le thème a bien été amené et exploité mais on l’a déjà vu dans plusieurs jeux. En revanche, l’originalité réside bel et bien dans ces fameux échanges de cartes qui apportent ce petit « twist » particulièrement sympathique et intéressant. Et le reste des actions suit également cette même dynamique avec leurs lots de particularités qui offrent un ensemble cohérent à Gugong. Le thème n’est pas plaqué mais juste bien dosé pour être apprécié à sa juste valeur.

Concernant le tour de jeu, on se retrouve avec pas mal de dynamisme grâce à cette bonne idée de jouer ses cartes une à une, un joueur après l’autre. Ainsi, notre tour revient rapidement et vu la constante évolution des actions, il est nécessaire de surveiller le jeu des autres. Surtout que les choix de certains joueurs vont souvent impliquer de se réajuster. C’est parfois un peu frustrant alors qu’on aurait éventuellement prévu une stratégie sur plusieurs cartes ou d’intéressants combos. Mais Gugong possède cette capacité à toujours nous permettre de rebondir et de trouver des alternatives afin de progresser dans la partie. 

En terme de complexité, rappelons que Gugong s’adresse quand même à des joueurs avertis. Mais ce n’est pas un jeu d’une difficulté extrême. En revanche il comprend sept actions principales, des actions secondaires auxquelles viennent se rajouter quelques mécanismes supplantants… Oui, parce que sans cela ce serait un peu comme un gâteau sans cerise ! Mais on le répète une nouvelle fois, son accessibilité le rend particulièrement abordable et pourrait même en surprendre plus d’un.

Que se soit la rejouabilité ou l’interaction, Gugong fait le travail. Mais là où le jeu développe sa saveur, c’est bien dans l’enchaînement de toutes les actions disponibles. L’ensemble est un régal et on ne craint vraiment pas de le dire haut et fort. De la première à la dernière seconde, on prend plaisir à trouver des combos, à développer son jeu, à réadapter sa stratégie et surtout à optimiser ses actions. Le temps passe très vite et il existe de nombreuses façons de gagner des points de victoire. Et comme toujours, on ne peut pas tout faire et les joueurs doivent sélectionner certains axes principaux de scoring. On pourrait également se demander si l’action du Pavillon de la Pureté Céleste a du sens. C’est-à-dire l’action consistant à obtenir une audience auprès de l’Empereur pour être éligible à la victoire. Certaines critiques ont mis en doute cette particularité du jeu. Pour nous, c’est une idée qui a du sens dans Gugong. En plus de s’avérer thématique. Non seulement cela rajoute de l’originalité ainsi qu’un challenge supplémentaire, mais cela nous oblige à sélectionner certaines actions qui offrent comme récompense, une progression sur la piste menant à l’audience. Et on a beaucoup aimé cette idée et ce petit message de frustration que nous envoie le jeu : « Ici mon gaillard, tu ne feras pas tout ce que tu veux ! ». Absolument génial ! Mais on pourrait encore s’intéresser à chaque action car le jeu regorge de particularités de ce type dont on ne se lasse vraiment pas.

La finesse de l’Asie mariée à la précision allemande d’un opus de type Euro, voilà la recette gagnante de Gugong. Un jeu qui aura clairement marqué notre année 2018. Un opus à ne pas prendre avec des baguettes mais à savourer sans modération.

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La règle du jeu en français
La page de la campagne sur Kickstarter
La fiche du jeu sur Board Game Geek
Le site de l’éditeur Game Brewer

Rédacteur de l’article : Léo

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