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Through the Ages, marquez l’Histoire de votre empreinte

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 245 vues 17 minutes de lecture

La cité s’est réveillée aux aurores ce matin. Les petites échoppes de la vieille ville ont ouvert plus tôt qu’à l’accoutumée et la milice civile est d’ores et déjà en patrouille. Une certaine agitation et une fébrilité règnent depuis que le Grand Conseil a annoncé la venue d’un érudit, aujourd’hui en ville. Un homme méconnu de tous, mais qui visiblement voyage de contrées en contrées pour partager son savoir et sa passion des Arts. Les Anciens espèrent qu’il restera parmi nous pour devenir une personnalité emblématique de la ville. Un maître-penseur, un guide, capable d’insuffler un nouvelle orientation qui se transmettrait entre les générations futures. Voire même à travers les âges. Et justement, quelques minutes après l’ouverture du traditionnel marché, les clairons ont résonné. Une calèche a fait son apparition dans un nuage de poussière, puis un visiteur en est descendu. Un homme petit au crâne quelque peu dégarni et qui se prénommerait « Michelangelo »… Mais personne n’en a jamais entendu parler !

Les plus attentifs auront immédiatement compris qu’il sera question d’un jeu de civilisation. Et c’est tout à fait pertinent ! Place aujourd’hui à un gros jeu, limite un opus de légende, tellement le titre aura marqué de son emprunte toute une catégorie de joueurs. Désormais dans le haut du classement sur Board Game Geek, Through the Ages a fait son apparition sur nos tables de jeu, pour la première fois en 2006. En français « A travers les Âges », c’est avant tout l’aventure ludique de son auteur Vlaada Chvátil qui convainc l’éditeur Czech Board Games de publier cet incroyable jeu de Civilization. Finalement, Vlaada Chvátil n’aura pas édité énormément de jeux, moins d’une dizaine. Cependant on en connaît un ou deux en francophonie avec par exemple Mage Knight ou Codenames. On vous a dit que le Monsieur était plutôt gage de qualité ? Les exemples nous paraissent parlants…

Le portage de Through the Ages sera effectué dans de nombreuses langues et le jeu connaîtra même sa version « dés ». Un jeu qui a assurément trouvé son public ! On vous passe ensuite toutes les réimpressions et on en vient directement à l’édition francophone. Car oui, Through the Ages, c’est aussi un jeu disponible dans la langue de Molière. Et en 2015, voilà que l’ensemble sera un peu retravaillé pour devenir une nouvelle histoire de Civilization, avec une référence qui apparaîtra au catalogue de l’éditeur Iello. Et qui d’ailleurs y est toujours pour notre plus grand plaisir ! On note même un très prochain retirage avec quelques adaptations mineures au niveau de la règle du jeu.

Mais alors finalement, Through the Ages qu’est-ce que c’est ? Comme le Porc-Salut où c’est écrit dessus, il s’agit d’un jeu de Civilization ! Voilà, vous savez tout… Non, on plaisante. Pas totalement quand même car nous sommes bien sur un gros jeu de civilisation, mais dont la particularité repose sur son moteur de jeu qui est entièrement piloté par des cartes. Avec les jeux dans lesquels on se développe à travers les âges, il est souvent question de tuiles de terrains, de figurines pour les bâtiments, d’unités d’armées, de jetons de ressources, etc. Mais dans le cas présent, rien de tout cela. Juste des cartes ! Et différentes pistes… Alors n’imaginez pas qu’il s’agit là d’une version plus « light » d’un jeu de Civilization. Bien au contraire !

Dans Through the Ages, vous l’emportez si vous menez votre Civilization vers le plus de point de culture que vos adversaires à la fin des trois âges qui vous emmèneront de l’antiquité jusqu’à nos jours. Bâtiments, héros, aspects militaires et économiques, événements, l’ensemble sera joué avec des cartes lors de votre tour de jeu. Côté spécificités du titre, deux à quatre joueurs pourront prendre place autour de la table pour une accessibilité à partir de douze ans. L’éditeur annonce un temps de jeu de 60 à 120 minutes mais cela ne reflète pas la réalité. Même en connaissant correctement la règle, prévoyez assurément 180 minutes pour en apprécier tous les tenants et les aboutissants. Même un peu plus si vous y jouer à quatre; mais on ne veut pas non plus vous décourager.

Avant de vous expliquer tout le bien qu’on pense réellement de ce merveilleux classique, arrêtons-nous quelques minutes sur le gameplay de Through the Ages ! C’est bon, vous avez votre encyclopédie sous le bras ? Alors, c’est parti…

Un jeu qui ne fait pas son Âge

Dans Through the Ages, chaque joueur est à la tête de sa civilisation et le but du jeu est d’être en possession de plus de points de culture que les autres joueurs à la fin de la partie. Vous mènerez donc le développement de votre civilisation à travers trois âges, de l’antiquité jusqu’à l’époque moderne. Nous allons vous expliquer très brièvement les grandes lignes du jeu sans entrer dans les détails ni en expliquant toutes les particularités d’un tour de jeu. Through the Ages est un opus très complet qui ne peut pas être résumé de manière exhaustive en quelques paragraphes.

Le jeu vous propose donc des centaines de cartes, qu’il faudra acquérir et utiliser, mais aussi plusieurs pistes de scoring. Une piste de culture qui représente les points de victoire. Une piste de technologie qui vous permettra d’acquérir de nouvelles cartes en fonction de votre niveau. Et une piste militaire qui déterminera la puissance de vos attaques et des actions y relatives. Sans oublier encore des plateaux individuels sur lesquels tout se passe (ou presque). Vous y construirez et développerez vos bâtiments et vos armées, vous gérerez vos travailleurs et vos ressources symbolisés par des cubes. Mais aussi le niveau de bonheur de votre civilisation, le régime politique de votre gouvernement ou encore l’influence d’un leader qui viendra orienter votre développement et vous procurer des capacités spéciales.

Le tour du joueur actif se décompose en plusieurs étapes. Si une guerre a été jouée lors de la manche précédente, le joueur commence à la résoudre en comparant sa force militaire et ses éventuels bonus à celle de son adversaire. Le joueur pourra ensuite décider de planifier un événement pour gagner des points de culture. En planifiant un événement, il y a lieu d’en révéler un autre et d’en appliquer immédiatement les effets. Le joueur aura ensuite la possibilité de jouer une carte d’agression, déclarer une guerre (résolue plus tard), proposer ou annuler un pacte. Viendra ensuite la phase d’action. C’est-à-dire le cœur du jeu. Vous disposerez d’un nombre variable d’actions civiles et d’actions militaires représentées par des cubes que vous allez dépenser. Ainsi, vous pourrez acheter de nouvelles cartes, accroître votre population, construire et améliorer des bâtiments et merveilles, mettre en jeu un leader, développer une technologie, déclarer une révolution pour changer votre gouvernement et votre régime politique, ou finalement jouer une carte action et en appliquer les effets. Les différentes cartes sont acquises via la rangée des cartes et seront souvent ajoutées à votre main avant de les mettre en jeu. Côté actions militaires, vous pourrez construire et améliorer des unités ou jouer une tactique pour gagner des avantages.

A noter que bon nombres d’actions ont un coût qu’il faudra payer soit en points de technologie, militaires ou en actions disponibles (actions civiles ou militaires). Et bien sûr, tout se passe avec les cartes regroupées en plusieurs decks de « puissance » croissante; âge I, âge II et âge III. A la fin du tour, vous gagnerez de la culture et de la technologie en fonction de votre jeu. Vos bâtiments produiront des ressources et vous pourrez préparer votre prochain tour. A la fin de l’âge III, la partie prend fin et on procède au décompte final.

Quand la culture devient culte

C’est là un véritable jeu de légende auquel nous nous consacrons aujourd’hui. Oui, n’ayons pas peur de le dire. Un titre devenu une véritable référence, un must, chez les joueurs amateurs de gros jeux et accessoirement de jeux de Civilization. Il faut dire qu’un jeu de Civ uniquement composé de cartes, cela a le mérite d’être plutôt original. Mais, est-ce que cela veut forcément dire que le jeu est une réussite ? Avant de répondre à cette question, commençons en premier lieu par nous arrêter sur le matériel.

On vous l’a dit, un matériel de jeu qui se compose essentiellement de cartes. 329 cartes de petit format, toutes toilées et magnifiquement illustrées pour bien se mettre dans l’ambiance et dans la thématique. Mais aussi de nombreux plateaux de jeu en carton, 250 cubes translucides, divers marqueurs en bois, des plateaux individuels, des aides de jeu et divers autocollants pour les marqueurs. Sans oublier deux livrets de règle. Un matériel de jeu d’excellente facture, comme souvent chez Iello, et qui s’avère particulièrement engageant. On a certes apprécié la qualité mais aussi tous les nombreux visuels du jeu qui apportent une belle immersion et un raccord parfait avec la thématique. Et une fois n’est pas coutume, on relèvera aussi une typographie grasse utilisée pour les cartes ce qui rend le texte facile et agréable à lire. Bien joué !

On notera encore la présence d’un thermoformage très bien pensé, permettant de ranger tout le matériel de jeu. De séparer les composants et les diverses cartes par âge. Il est même possible d’y inclure les cartes sleevées.

Coté règle du jeu, vous l’aurez donc compris, il y a bel et bien deux fascicules, illustrés et ponctués par de nombreux exemples explicites. Un premier livret qui permet de prendre en main les règles essentielles de Through the Ages. Et un deuxième fascicule qui poursuit l’explicatif pour saisir toutes les subtilités et les particularités du jeu. Avec un opus plutôt complexe niveau règlement, il est très intéressant de pouvoir le prendre en main en deux temps. Car oui, une fois le premier livret assimilé, le jeu vous propose de vous essayer à une première partie avant de vous aventurer avec la suite des règles. Ce n’est pas le premier jeu à proposer une telle démarche mais on apprécie très fortement le fait de pouvoir prendre en main les règles de manière progressive. C’est vraiment malin et dans le cas d’espèce, extrêmement adapté à ce type de jeu plutôt touffu.

La prise en main étant progressive, il n’y pas de grosses difficultés avec son approche. En revanche, les divers points de règles sont assez nombreux et bon nombre de subtilités sont à retenir et à saisir. On note également la présence de nombreux pictogrammes, bien réalisés et explicites, lesquels sont des éléments facilitateurs à la prise en main. Vous l’aurez donc compris, il ne s’agit pas d’un opus qui s’adresse à des joueurs débutants. Même si on comprend immédiatement où le jeu va nous emmener, prévoyez tout de même deux parties en guise de première approche. La première à l’issue du livret initial et la deuxième avec l’ensemble des règlements. Ensuite, vous pourrez déployer toute votre stratégie et savourer pleinement les nombreuses possibilités qu’offre Through the Ages.

Concernant la mise en place du jeu, prévoyez une petite dizaine de minutes afin de tout préparer et installer. Le thermoformage permet de ranger et de trier les composants, ce qui est également un plus et surtout un incontestable gain de temps lors du setup initial.

Avec un jeu de type civilisation, les mécanismes de Through the Ages sont à la hauteur de sa thématique et de sa complexité. Gestion de ressources, gestion de main, combos, anticipation, développement, c’est bel est bien un titre très complet auquel nous avons à faire. Mais ce n’est pas pour autant que les mécanismes sont complexes. Bien sûr, comme le jeu est extrêmement riche, les possibilités et les variantes sont grandes. Cependant, on a été agréablement surpris par la fluidité et par le côté très intuitif du gameplay. D’ailleurs, les aides de jeu y sont pour beaucoup lorsqu’on joue à nos premières parties. Mais très vite, on se rend bien compte que toutes les actions sont intimement liées entre-elles, quelque soit l’axe de développement qui est privilégié. La science est nécessaire à la construction de bâtiments, tout comme les ressources. Les ressources sont indispensables aux constructions. Et pour s’agrandir, la population doit elle aussi pouvoir s’accroître, et qui plus est de manière « heureuse ». Le gameplay aurait presque donc tendance à suggérer certaines actions indispensables à notre développement tout en nous laissant bien entendu les coudées franches pour orienter notre jeu.

Through the Ages est un opus qui implique grandement de mettre en place un moteur de jeu. Comprenez par là que vous devrez impérativement faire comboter les effets de vos cartes afin qu’une certaine routine puisse se dessiner. La production doit par exemple être optimisée afin de pouvoir vous consacrer aux arts militaires, à la stratégie, à la science et à la technologie, à la planification d’événements etc. Et le tout bien entendu, pour que ce moteur de jeu vous rapporte le plus possible de points de culture. Il s’agit donc d’un nombre assez important de paramètres qu’il faudra prendre en compte et mettre en place. En ce qui nous concerne, on a énormément apprécié ces aspects relativement exigeants mais qui témoignent d’une formidable richesse ludique. Et le tout, en formant non seulement un ensemble cohérent mais extrêmement ludique ! Petit à petit, notre civilisation grandit et tout devient rapidement très concret. Même si finalement, nous n’avons que des cartes en main et sur nos plateaux de jeu. Réussir à mêler une thématique aussi forte et riche que celle d’un jeu de civilisation avec uniquement des cartes, était un véritable défi. Et il n’est pas trop fort que de reconnaître que le pari est relevé haut la main !

Pour ce qui a attrait aux tours de jeu, bien entendu, il faudra être patient même si une excellente fluidité rythme la partie du début à la fin. La richesse du gameplay implique forcément de réfléchir un minimum. Réflexion donc lors de son tour, mais aussi lors du tour des joueurs adverses, avec également des actions qui vont nous obliger à réagir et interagir. En revanche, même en connaissant le jeu, il s’avère presque impossible d’achever une partie en deux heures tel que précisé sur la boîte de jeu. Et encore moins si on le pratique à quatre joueurs. On comprend bien qu’afficher plusieurs heures sur une boîte de jeu n’est pas simple mais pour un tel opus, il n’y a aucun problème à y consacrer un peu plus de temps. On ne s’y ennuie vraiment pas et Through the Ages est un jeu prenant, rythmé, et le temps défile très vite. D’ailleurs, rares sont les jeux de civilisation terminés en quelques dizaines de minutes. Quand on souhaite développer sa populace à travers les âges, on prend le temps ! Et puis c’est tout !

Un dernier mot encore en ce qui concerne la rejouabilité. Certaines actions sont clairement inévitables et les moteurs de jeu qu’il faudra mettre en place vont se retrouver d’une partie à l’autre. Mais c’est bien là un des seuls éléments que vous pourrez retrouver lors de votre prochaine partie. Vous imaginez bien qu’avec presque 330 cartes, le côté répétitif est absolument inexistant. Par ailleurs, d’une partie à l’autre, vous irez forcément vers des technologies différentes, des actions nouvelles, des bâtiments et des merveilles encore inutilisés, ou vers d’autres héros qui guideront votre développement, etc. Au gré des attaques de vos adversaires ou de la diplomatie que vous choisirez, vous et votre civilisation innoverez à chaque partie. Un plaisir de jeu qui est donc grandement renouvelé.

Et pour ceux qui se poseraient la question de savoir si le jeu fonctionne aussi bien à deux joueurs, la réponse est « oui » ! Il n’y a aucune adaptation de règle et on aurait même tendance à vous dire que cette configuration est optimale pour réduire le temps de jeu. En outre, à deux joueurs, vous n’aurez vraiment pas de droit à l’erreur pour l’emporter. Il faudra régulièrement surveiller l’avancée de votre adversaire et réagir rapidement si ce dernier commence à vous dépasser. Car aucune autre civilisation ne fera le travail à votre place !

Pour nous, l’expérience de jeu est tout simplement remarquable. Through the Ages offre des possibilités vraiment élargies, tant au niveau du gameplay que de la thématique. Votre civilisation se développera à chaque fois avec un regard nouveau. Et les visuels sont colorés et très immersifs ; un véritable plus ! Par ailleurs, on a apprécié le fait qu’il n’est pas forcément utile d’utiliser l’axe militaire pour mener votre partie à son terme. Parfois, certains joueurs n’apprécient pas forcément les confrontations directes avec les autres joueurs et aiment simplement le plaisir d’un développement économique ou technologique de leur civilisation. Avec Through the Ages, cela est tout à fait possible et nous avons apprécié cet aspect. En revanche, impossible de faire l’impasse sur l’aspect militaire si vous souhaitez ralentir un adversaire qui a pris trop d’avance ou à contrario, de booster votre partie vers la victoire. Quoi qu’il en soit, c’est bien l’impression concrète d’une expérience de jeu très riche qui nous restera en mémoire.

Through the Ages est donc devenu culte et aura su s’imposer comme un indispensable du secteur ludique. On imagine mal une ludothèque sans un exemplaire de cet excellent jeu qui frôle le top des jeux, toutes catégories confondues. Oui, honnêtement ! Et pour peu que vous appréciez les jeux de civilization, voilà un titre sur lequel vous ne pouvez pas faire l’impasse. Parole de gamer !

Maintenant, à vous de vous forger votre propre avis.

La règle du jeu en français (les premiers pas dans le jeu)
La fiche du jeu sur le site de Board Game Geek
Le site de l’éditeur Iello

Rédacteur de l’article : Léo

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