Accueil > Actualités > Crossraods of Heroes, deviendrez-vous un héros ou une malédiction ?

Crossraods of Heroes, deviendrez-vous un héros ou une malédiction ?

par jeudeclick
Publié : Dernière mise à jour le 222 vues 12 minutes de lecture

Le mot chinois « Jianghu » se traduit littéralement par « rivières et lacs » mais cette simple transposition linguistique reste en tout point éloignée de sa réelle signification.

Au début de la dynastie Zhou (-1045 à -256), le système est alors féodal : les guerres sont fréquentes et les pertes innombrables. Cet état de fait entraîne peu à peu une centralisation du pouvoir. Ces changements gouvernementaux influent dès lors également sur l’art du combat puisque la guerre cesse d’être simplement l’apanage d’une caste de nobliaux badass à l’esprit chevaleresque (les Shi), pour s’exprimer sous forme d’affrontements de masse, de charges de cavalerie sous stéroïdes et d’infanterie armée d’arbalètes et d’autres trucs qui piquent… Les Shi s’éloignent alors du champ de bataille, devenant peu à peu des stratèges qui commandent des bouz…euh… des roturiers. Mais ces transformations gouvernementales et martiales annoncent évidemment les prémisses d’une inexorable transformation sociale. Alors que certains Shi évoluent vers une classe de lettrés (les Wenshi) devenant la classe sociale la plus prestigieuse du club, d’autres, carrément marginalisés – on ne va pas se mentir – restent attachés au code de l’honneur de la chevalerie et à l’excellence martiale (les Wushi). C’est cette frange marginalisée qui donnera naissance au « Jianghu ».

Ce qui n’est pas sans causer quelque Su-Shi au gouvernement en place… Désolé. Il fallait qu’on la sorte celle-là…

Notez quand même au passage que ces bouleversements sont loin d’être hasardeux, puisque la doctrine de Confucius (ou « Maître Kong » pour les intimes) est carrément hype durant cette période ! Pour rappel, le Confucianisme est alors l’une des plus grandes écoles philosophiques, morales et politiques de Chine, prônant accessoirement au passage la prééminence de la société sur l’individu, l’obéissance à celui qui a reçu le « mandat du ciel » (l’Empereur) et la supériorité de l’érudition « Wen » sur le martial « Wu ». Rien que ça…

Mais revenons à nos rivières et lacs. Le mot « Jianghu » est du coup utilisé pour caractériser la caste « des étrangers », une société de travailleurs qui gagnent leur vie avec la seule compétence de leurs mains : artisans, mendiants, voleurs, artistes de rue, diseurs de bonne aventure, guérisseurs nomades sous oublier les artistes martiaux forment alors le rang le plus bas de l’ordre social. Dès lors, ceux qui vivent dans la voie du Jianghu suivent leur propre code moral, qu’ils considèrent comme supérieur aux lois imposées par le gouvernement jugé corrompu et incompétent. Ce rejet manifeste du système et de l’ordre établi ne signifie pas pour autant que le Jianghu rejette la hiérarchie ; le code intègre des notions telles que le respect et la reconnaissance des compétences d’autrui subsumant la légitimation de grades « officieux ». Ainsi, lorsque des membres du club voyageaient pour s’installer dans une nouvelle ville, leur première décision touristique consistait toujours à rendre hommage au chef local du Jianghu. Si le chef de Jianghu ne donnait pas sa bénédiction, personne n’interagissait avec la personne concernée. Autant dire que le quotidien n’était du coup pas top-folichon…

On appelle ça Mawashi-coup-de-pied circulaire

Le Jianghu vit une époque troublée, après la mort soudaine et au combien mystérieuse du Grand Maître de Wulin. Sans les sages conseils du Grand Maître, les tensions et les luttes parmi les nombreuses castes du Jianghu s’intensifient. Les leaders locaux se mettent tous à convoiter le titre prestigieux pour satisfaire leurs ambitions personnelles et leur désir de gloire individuelle.

Qui plus est, des rumeurs circulent, décrivant l’apparition d’une sinistre créature. L’obscurité se répand peu à peu sur le pays et des personnages sans scrupules issus des quatre coins du Jianghu s’unissent pour profiter de la désunion du Wulin. Le temps passant, quelques castes n’hésite même plus à utiliser la force pour imposer leur volonté à la population sans défense. Hélas, l’ancien code d’honneur, que le Grand Maître vertueux de Wulin protégeait de son aura, n’est plus qu’un lointain idéal peu à peu oublié dans le Jianghu.

Il n’y a qu’une solution à ce problème ! Pour en finir avec cette violence aveugle et la discorde générale, un héros à la fois sage et Maître dans les arts du combat doit impérativement prendre la place de Grand Maître de Wulin, au nom de la paix et des anciens principes d’honneur du Jianghu. Ce héros sommeille peut-être en vous…

C’est le pitch de Crossroads of Heroes, un jeu stratégique d’affrontement et de combinaisons créé, illustré, peaufiné durant sept ans pour finalement être édité par l’étonnant Patrick Lee alias Pat Piper. Prévu pour 2 à 5 joueurs dès 14 ans, pour une durée de partie variant entre 45 et 90 minutes, le jeu a bénéficié d’une campagne de financement participative sur la plateforme Kickstarter qui s’est terminée avec succès le 31 mars 2017. Le jeu sera disponible au cours de la Spielmesse d’Essen 2018 en version anglaise mais la règle francophone est disponible en PDF sur le site de l’éditeur. Et il n’y a pas de texte sur le matériel de jeu.

Une racine est une fleur qui méprise la renommée [Le sable et l’écume – Khalil Gibran]

Dans Crossroads of Heroes, le but du jeu est somme toute assez simple : les joueurs incarnent un éminent membre d’une des 5 castes les plus respectées du Jianghu (à savoir, la caste Emei, Shaolin, Wudang, Kunlun et les Mendiants), luttant pour obtenir le titre de Grand Maître. Pour ce faire, ils devront emprunter l’une des deux voies qui pourra potentiellement les mener à la victoire : soit en suivant la Voie de la Vertu en gagnant plus de renommée que tous les adversaires égalant celui de Grand Maître de Wulin, soit en suivant la Voie Maléfique en tuant un joueur vertueux durant un duel ou en battant le Grand Maître de Wulin au cours d’un duel final. Notez que chaque joueur commencera la partie en étant vertueux. Ce qui en pratique se traduira par le fait que les affrontements seront toujours exécutés de manière honorable et qu’aucun adversaire (bon ou mauvais) ne sera jamais tué (exécuté) au cours des duels. Précisons également que chaque personnage possède évidemment des habilités ainsi que des capacités qui lui sont propres.

Une grille de Renommée divisée en 4 stades (Aventurier, Héros, Légende et Grand Maître de Wulin) permettra aux joueurs de suivre leur niveau. A mesure que leur prestige augmentera, les marqueurs des joueurs avanceront à travers cette grille jusqu’à atteindre le stade ultime : Ze Big Boss Moulélé of Ze Wulin de sa race ! Mais bon… On s’emporte un peu là…

Attaque ton ennemi quand il n’est pas préparé, apparais quand tu n’es pas attendu. [Sun Tzu]

Un tour de jeu est composé de 5 phases. En première phase, un joueur commencera par tirer une carte des pioches « Objets » et « Stratagème » pour ensuite n’en garder qu’une. Les carte « Objets » contiennent divers articles qui pourront s’avérer utiles durant sa quête alors que les cartes Stratagèmes donneront accès à des capacités spéciales intéressantes qui divergeront selon leur type.

Au cours de la seconde phase, il sera question de compléter un entraînement, si tant est qu’une telle action ait été entreprise au tour précédent. Ce qui permettra au joueur de maîtriser une nouvelle technique de combat. Parce que se battre en duel à grand renfort de Geta (les chaussures traditionnelles hein… pas le DJ), ce n’est pas top efficace…

Arrivé à la troisième phase, le joueur aura le loisir de jouer une carte de sa main (objet ou stratagème) ; ce qui permettra « d’activer » ladite carte et d’appliquer ses avantages, ce qui ne sera pas négligeable.

Durant la quatrième phase, le joueur devra impérativement exécuter une action parmi les trois possibilités qui lui sont offertes. A savoir, s’entraîner pour apprendre une nouvelle technique, affronter un joueur en Duel (en lançant un défi à un autre joueur) ou voyager à travers le Jianghu.

Si le joueur est certain de maîtriser assez de techniques, il lui sera possible de (tenter de) tataner la mouille de son adversaire en lui lançant un défi. Ce duel se résoudra en 3 rounds maximum au cours desquels, les duellistes devront secrètement jouer entre 0 et 2 techniques pour tenter de terrasser leur adversaire. Mais une technique ne pourra être utilisée qu’une unique fois lors d’un duel : il faudra donc faire les bons choix au bon moment. Chaque joueur possédant un niveau de puissance indiqué sur la carte de son personnage (appelé « Wugong »), ce niveau sera additionné à la puissance de la technique utilisée puis comparé au résultat total de l’adversaire pour déterminer le vainqueur d’un round. En remportant le duel, le joueur gagnera en renommée et pourra déplacer son marqueur sur la grille susmentionnée. Cependant, en le perdant, le personnage se verra amputé d’un point de Qi, ce qui correspond aux points de vie. Le joueur ayant remporté le duel deviendra également la « Némésis » du joueur vaincu, ce qui signifie simplement qu’il ne pourra plus gagner de renommée en le défiant. Mais cette tendance pourra évidemment s’inverser si le vaincu est le vainqueur d’un duel ultérieur. Dernière petite subtilité intéressante : un joueur pourra toujours décider de s’avouer vaincu avant la fin d’un duel. Il perdra ainsi un point de renommée en lieu et place d’un point de Qi et le duelliste déclaré in facto vainqueur ne deviendra pas la Némésis du joueur vaincu… Selon la situation, cette décision pourra parfois s’avérer judicieuse…

Finalement, voyager à travers le Jianghu permettra au joueur de demander audience auprès de n’importe quels Gardiens de Castes (représentés par des cartes de puissants personnages disposés en rangée à la vue de tous) et ainsi bénéficier de leurs capacités spéciales, où de défier un Maître de Wulin (qui au contrario d’un duel normal se résoudra en un seul round) et ainsi gagner « peut-être » en renommée, ou de procéder à une « exploration libre ». Comprenez faire du tourisme, pour rencontrer divers personnages et assister à des évènements variés permettant également de gagner de la renommée et/ou de recevoir d’autres avantages. Petite précision au combien sympathique : à partir du moment où le joueur aura atteint le niveau de renommée d’un Héros, il lui sera également possible de faire appel au Gardien de sa propre caste dans l’optique de recevoir la Technique emblématique (de la Caste) en récompense. Le Gardien accompagnera dès lors le joueur lui permettant par la même occasion de remplacer la phase d’action précédente par l’utilisation de la capacité de son Gardien. Précisons également qu’à la différence des Gardiens qui sont disposés face visible, les cartes d’exploration libre seront toutes disposées face cachée.

Le tour se terminera avec la cinquième et dernière phase, au cours de laquelle le joueur devra simplement procéder à quelques vérifications d’usage. A savoir, vérifier si le personnage est empoisonné et dans le cas échéant, perdre un point de Qi et vérifier s’il possède plus de 7 cartes Stratagèmes et/ou plus de 3 cartes Objets pour défausser celles en trop. On passera ensuite au joueur suivant et ainsi de suite…

Vous venez pour la Battle ?

Notez qu’un joueur pourra être éliminé du jeu s’il est tué par une Vermine Malfaisante (à savoir, un adversaire ayant légèrement oublié le concept de vertu et d’honneur) pendant un duel ou s’il perd un duel (ou termine sur une égalité) contre le Grand Maître de Wulin dans le tour final. Si évidemment tous les joueurs ont sombré du côté obscur, le jeu penchera plus du côté d’un Battle Royal puisque c’est simplement le dernier joueur vivant qui sera déclaré vainqueur… Et oui, comme ce bon vieux Connor Mac Lambert le disait : « A la fin, il ne peut en rester qu’un… »

En conclusion votre honneur…

Crossroads of Heroes fait indéniablement partie de ces jeux qui ont nécessité une masse de travail gargantuesque pour voir le jour. Le souci du détail, le ton général et l’attachement historique apporté par le contexte est aussi indéniable que manifeste. Aussi étonnant que ces propos puissent paraître, la simple lecture des règles, aussi complètes qu’aisément compréhensibles, permet de constater que l’auteur n’a rien laissé au hasard.

Si vous avez raté la campagne sur Kickstarter, il est encore temps de vous rattraper…

La règle du jeu en français
La page web du jeu, en français
La campagne participative sur Kickstarter

Rédacteur de l’article : Patrick

VOUS POUVEZ EGALEMENT AIMER

Laisser un commentaire